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Les inédits – « bwoy » de John G. Young : misère affective 2.0

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Brad (Anthony Rapp), américain de 42 ans fraichement séparé de sa femme, ne va pas bien. Un drame a ravagé leur couple. Se sentant terriblement seul et n’assumant pas vraiment son homosexualité, Brad se connecte à un site de rencontres en espérant y trouver un peu de tendresse. Mais les rencontres en ligne sont loin de pouvoir palier à ce genre de manque… Son profil « classique » ne marche pas alors il le change en se décrivant comme un homme actif dominateur de 39 ans. Il va plus loin encore : voyant une publicité pour partir en vacances en Jamaïque, il décide de faire croire qu’il séjourne là-bas.

Rapidement, les messages commencent à abonder. De jeunes jamaïcains souhaitent lui parler, pensant qu’il est un touriste friqué dont ils pourraient tirer avantage. Brad n’est pas dupe, juste un peu surpris par tous ces beaux mâles qui postent des photos en tenue légère… Et puis il se laisse happé par un profil, celui de Yenny (Jimmy Brooks), beau jamaïcain de 22 ans dont le message le fait sourire. Brad prétend que c’est son dernier jour en Jamaïque et qu’il va rentrer à New York où il travaille dans la finance. En réalité il est juste posé chez lui dans son trou paumé des Etats-Unis où il fait de la prospection par téléphone…

Malgré la distance et l’écart d’âge, les deux hommes continuent à dialoguer. Tous les soirs, ils se livrent un peu plus. En parlant de sa difficulté à vivre son homosexualité et de ses traumatismes du passé, Yenny touche Brad en plein coeur. Un jeu de séduction un poil pervers s’instaure entre eux : Brad est le « daddy » et Yenny le  « Jamaican Pussy Boy ». Ils se caressent parfois devant leur écran. Les choses basculent quand Brad commence à payer l’abonnement téléphonique de son crush virtuel et quand ce dernier commence à lui demander de financer un projet personnel. Brad se met alors à douter : Yenny ne lui parle-t-il que pour lui soutirer de l’argent ? Qu’importe : il est déjà trop tard, Brad est accro ! Et il va poursuivre cette relation fantasmatique jusqu’à la déraison.

Film indépendant réalisé avec peu de moyens, « bwoy » nous fait vivre de l’intérieur la relation passionnelle et virtuelle entre deux hommes. C’est aussi et surtout le portrait d’un quadra victime d’une profonde misère affective. Quand on a la quarantaine, qu’on ne s’assume pas vraiment et qu’on espère compter sur les sites ou applications de rencontres pour trouver de l’affection, ça peut souvent mal se passer. Ce genre de plateformes s’apparentent majoritairement à un triste marché des corps où il est difficile d’exister avec sa propre personnalité. Pour attirer l’attention, il faut se vendre et Brad le comprend, mentant sur son âge, son travail et gonflant ses attributs physiques et son tempérament au lit. Il est un homme faible, cherchant désespérément de la compagnie. Il ne veut pas l’admettre mais il est extrêmement vulnérable et prêt à quasiment tout accepter. Sans surprise, il s’engouffre dans la relation virtuelle qui s’offre à lui avec Yenny.

Le réalisateur John G. Young nous fait vivre la naissance de cette relation étrange et dématérialisée en nous plaçant en spectateur quasiment en temps réel des conversations entre Brad et Yenny. Son long-métrage s’articule en de nombreux gros plans sur les visages et Yenny est toujours montré par le prisme d’un écran d’ordinateur portable. Les bisous par webcam interposées, les moments hot, les textos… Ca pourrait être mignon mais la détresse de Brad est palpable à chaque plan. Elle est dans son regard, désespéré, happé par la beauté de la jeunesse de Yenny, par son désir parfois un peu sale…

« bwoy » saisit avec beaucoup de justesse, de façon à la fois sensible et frontale, le mal-être de certains gays qui n’osent pas sortir et vivent par procuration des relations dans les mondes virtuels. On entrevoit l’aspect fun et sexy mais aussi celui le plus triste et le plus glauque. Déjà intense et bien mené sur cette thématique, le long-métrage opte pour un aspect thriller qui lui va bien et qui réserve son lot de surprises jusqu’à la fin. Si le personnage de Yenny joue constamment sur un caractère ambivalent (le doute subsiste : a-t-il vraiment des sentiments ou est-il un escroc ?), celui de Brad est bien plus retors qu’il n’en a l’air. Le secret familial qui le ronge fait écho de façon assez sombre à sa relation avec le jeune jamaïcain qui l’appelle « Daddy ».

Entre drame intime dérangeant et thriller efficace, une oeuvre sombre qui mérite le coup d’oeil.

Produit en 2016 // Ce film fait partie de la rubrique « Les inédits », dédiée à des longs-métrages qui ne sont pas sortis ou trouvables légalement en France. 

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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