Films LGBT

« chUrchroad » : pourquoi les gays vont encore dans les sexclubs aujourd’hui ?

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Robin Vogel est gay, trentenaire et vit à Amsterdam. Sa vie s’est légèrement transformée alors qu’il a mis les pieds pour la première fois dans le sexclub le « Church ». Il s’agit là du grand bordel gay d’Amsterdam. De nombreuses soirées y sont organisées, certaines naturistes d’autres plus fetish ou habillées. Quoi qu’il en soit, les garçons qui y vont savent qu’ils peuvent s’échapper de la réalité. Entre ces murs, tous les plaisirs sont permis. On s’envoie en l’air dans des cabines mais aussi en s’exhibant en public à l’étage supérieur, sur la piste de danse ou même sur le bar.

Comme beaucoup de gays pénétrant dans un sexclub, Robin a été fasciné par cette libération, déstabilisé par le côté cash et vulgaire. Excitation des corps qui se rendent disponibles facilement, des personnes qui sont là pour se mélanger. Au Church comme dans d’autres établissements de ce genre, la société, le jugement, l’homophobie n’existent plus. On peut se lâcher, être et faire ce que l’on veut. On peut pousser ses limites, expérimenter. Le plaisir s’offre, immédiat, sans prise de tête. Mais n’y a-t-il pas un prix à payer ? Un danger ?

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Robin, qui est le réalisateur de ce film, raconte comment le Church fait partie de sa vie et de celles de plusieurs gays. Il a mis en chantier ce film après la mort de son oncle homosexuel dont il était très proche. Un homme qui contrairement a lui n’a pas vraiment vécu à fond sa sexualité, terminant ses jours seul. Il s’abreuvait des récits de son neveux avec qui il pouvait tout partager. Grâce à son héritage, Robin a pu s’acheter une caméra et interroger son rapport à ce sexclub emblématique, et interroger sa propre sexualité par la même occasion.

Pourquoi va-t-on dans un sexclub ? Pour s’envoyer en l’air bien évidemment mais pas que. On y rencontre des gens instantanément sans passer des heures sur des applications de rencontres. Il y a l’ivresse et l’excitation du moment présent, de la surprise, d’un regard qui croise le votre et vous fait comprendre que l’envie est là. Un sexclub c’est une bulle : peu importe ce que vous faites, qui vous êtes, vous acceptez tacitement de devenir un animal sexuel. Tout devient possible et la porte de l’exploration des désirs est grande ouverte. C’est grisant, libérateur, jouissif. A tel point que certains y vont deux ou trois fois par semaine.

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Il n’y a bien évidemment pas que des bons côtés. Le Church devient pour beaucoup une addiction, une fuite qui amène les plus accros à avancer avec des oeillères. C’est une parenthèse sexuelle dans laquelle on peut vite se perdre. Ce n’est pas vraiment la réalité. L’alcool peut couler en abondance et les drogues circuler. S’il montre les revers de ce genre d’établissements, le réalisateur omet quelques points pourtant intéressants : la question de la multiplicité des corps (comment est-ce que cela se passe quand on n’a pas le physique taillé pour se balader moulant ou en jockstrap ? / ce type d’endroit est-il vraiment inclusif pour tous les types de « profils » ?), les nombreuses IST qu’on peut y attraper et la question épineuse de la PrEp (on suppose qu’à Amsterdam comme ailleurs le comeback fulgurant de nos chères gonhorrées et syphilis est de mise)…

« chUrchroad » est avant tout l’expression d’un point de vue, celui de son auteur, qui a l’impression d’être en accord avec lui-même en allant régulièrement dans ce cocon où l’inhibition n’existe plus. Il évoque le sujet de la fidélité dans le couple gay, de la difficulté d’être exclusif. Robin a pour sa part décidé d’être honnête avec lui-même et open : quand il est en couple, il continue d’aller au Church seul ou avec son compagnon. Des règles sont fixées (que du safe sex, du sexe consommé uniquement sur place sans implication sentimentale). Ce mode de fonctionnement l’amène à se sentir serein et à éviter le mensonge.

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Le sexclub, c’est enfin une façon de dire fuck à une partie de la société. Celle qui voudrait qu’il y ait d’un côté les gays « mainstream » et vanille que l’on accepte et les vilains gays qui explorent à fond leur sexualité de l’autre. Le sexe hard, sans engagement, est une façon de se fondre dans l’underground, de tourner le dos à la bien-pensance et cette fichue réalité parfois un peu déprimante.

On ressort de ce film avec un sentiment contrasté. A la fois porté par la liberté et l’excitation de la chose et conscient des potentiels dangers, de l’addiction aux plaisirs désincarnés. Pas de doute que les questionnements de Robin Vogel trouveront un écho auprès de nombreux spectateurs gays.

Produit en 2016 // Film disponible en VO non sous-titré sur Vimeo

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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