A sudden loss of gravity (Todd Verow, 2000) : alcool et ennui

Gaspard Granaud 4 décembre 2010 0
A sudden loss of gravity (Todd Verow, 2000) : alcool et ennui

Bangor, dans le Maine (ville natale de Todd Verow). Des jeunes s’ennuient et pour tuer le temps se révoltent contre la micro-société dans laquelle ils évoluent. Devenus des marginaux malgré eux, ils passent leurs journées à boire. Incompris, ils recrachent leur haine sur d’autres marginaux ,plus faibles, en les humiliant ou se moquant ouvertement d’eux. Simple cercle vicieux du rejet qui entraine la haine ? Pas seulement. Dans cette bande, la majorité a été marquée par un sinistre accident. Scott a vu son frère disparaître, il est mort dans un accident de la route après avoir trop picolé au volant. Les gens avec qui il traine sont principalement des amis de son défunt frangin. A la maison, il doit composer avec le retour de sa mère qui l’avait jadis abandonné. Elle revient plus excentrique que jamais, essaie de tisser des liens avec lui en lui racontant ses expériences trash du passé, sa furtive carrière de rock star… Nous sommes dans les années 80 et le malaise d’une jeunesse « no future » est plus fort que jamais.

Présenté au Festival de Berlin, produit en 2000 et tiré de faits réels, A sudden loss of gravity est l’histoire d’un crash. Crash de voiture et crash d’une jeunesse. Au loin, un avion qui s’envole, qu’une jeune fille regarde perplexe. Elle est bloquée dans son trou perdu du Maine et s’ennuie à mourir. Personnages excentriques, image destroy, musique rock : Todd Verow se situe avec cette production entre Paul Morrissey, Larry Clark et Harmony Korine. Il filme sans juger des jeunes gens complètement largués, noyés d’alcool, incompris et ne cherchant finalement même plus à se faire comprendre.

Œuvre très rude, complètement désillusionnée, A sudden loss of gravity est à la fois bouleversant et terrorisant. Les protagonistes sont parfois touchants dans leur errance, leur tentative de se trouver en affichant une certaine excentricité, en disant fuck au système. Mais ils sont aussi souvent monstrueux, violents. Au détour d’une réplique on peut entendre « What do you do for fun that’s good for you ? ». Question qui nous renvoie à toutes ces choses que l’on peut faire pour s’oublier, pour faire un break, quitte à mettre en péril sa santé, son avenir ou à détruire un inconnu se présentant sur notre chemin.

Dans le rôle secondaire de la mère fucked up, Philly, muse dirty et underground, se révèle impressionnante. Il faut l’entendre parler de ses trips sous acide, de son passé de rock star ou chantonner des morceaux uros qu’elle a composé « You could be my toilet when i want to pee. (…) Here come’s the yellow river ». On rit franchement jaune face à tout ce bordel sans échappatoire. Définitivement un des films les plus bruts de son auteur.

Film produit en 2000 / Disponible en import DVD

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