
Agathe (Isabelle Huppert) dirige d’une main de fer une fondation d’art contemporain. Elle est en couple (mais pas mariée) à François (André Dussolier), un éditeur, depuis plus de 20 ans. Ils vivent dans un somptueux appartement parisien mais ne couchent plus ensemble. Bref, ils sont l’incarcération du couple bourgeois coincé. Un jour, leur fils Adrien, qui a des difficultés à l’école, amène son nouvel ami Tony chez lui. Ce dernier semble avoir une influence positive, bien qu’il soit issue d’un milieu plus que modeste. Le problème de Tony, c’est son père : Patrick (Benoit Poelvoorde). Père célibataire , homme immature, trop porté sur la bouteille, d’une vulgarité sans égal, toujours là pour lancer la remarque qui met mal à l’aise. Alors qu’elle découvre que François a engagé Patrick pour terminer des travaux chez eux, Agathe enrage. Elle ne pense pas pouvoir supporter la beaufitude de l’employé pendant plusieurs semaines. Les jours défilent, la tension monte. Patrick fourre rapidement son nez dans les petites affaires de François et le pousse légèrement à tromper sa femme. Pas de chance pour lui : François va bel et bien entamer une aventure mais avec Julie (Virgine Efira), l’assistante sociale qui lui avait tapé dans l’œil. Larguée, Agathe décide d’oublier François en se focalisant sur son travail. Contre toute attente, elle va trouver en Patrick la parenthèse folle et enchantée dont elle semblait vraiment avoir besoin…
L’éclectique Anne Fontaine semble prendre une pause dans une filmographie ambitieuse avec Mon pire cauchemar, comédie romantique et familiale. Un homme et une femme que tout sépare (elle est belle, riche et cultivée ; il est négligé, pauvre et vulgaire) vont tisser une relation qui n’appartiendra qu’à eux (le film aura l’intelligence de ne jamais mettre de mots sur la nature exacte de leur « union », on ne saura ainsi jamais vraiment s’il sera ici plutôt question d’amitié ou d’amour) . Sujet archi-rabattu pour un long-métrage qui visiblement ne cherche jamais à être plus qu’un sympathique divertissement.
Si le scénario manque d’audace, les dialogues n’en sont pas moins piquants pour autant et Isabelle Huppert et Benoit Poelvoorde excellent tous les deux dans des registres taillés pour eux. Forcément, Anne Fontaine se plait à les entrainer vers des terrains moins balisés (excellente scène avec Isabelle Huppert se déchainant dans une boite de Province à moitié ivre morte). Alors certes, les seconds rôles sont caricaturaux et bénéficient d’un traitement superficiel (Dussollier et Efira doivent composer avec des partitions particulièrement modestes), certes nous sommes dans une comédie on ne peut plus attendue, mais Mon pire cauchemar a tout ce qui fait une honorable comédie : un bon casting, un rythme soutenu et une écriture à la fois légère et intelligente.
S’échapper de sa vie hyper réglée, accepter de se perdre, au contact d’un opposé, envoyer valser le confort : Agathe, femme austère et castratrice, retrouve peu à peu une fantaisie nécessaire et est la pièce maîtresse de l’intrigue. Si Mon pire cauchemar fait partie de ces productions « aussitôt vue, aussitôt oubliée », elle n’en est pas moins agréable et a le mérite de correspondre parfaitement à ce que le spectateur peut imaginer en apercevant l’affiche ou la bande-annonce…
Film sorti le 9 novembre 2011







