The color wheel (Alex Ross Perry, 2012) : un monde à deux

Gaspard Granaud 17 août 2012 0
The color wheel (Alex Ross Perry, 2012) : un monde à deux

JR (Carlen Altman) vient de se séparer de son professeur, avec lequel elle entretenait une liaison. Elle demande à son frère Colin (Alex Ross Perry) de l’accompagner pour aller chercher ses affaires. Ils n’ont jamais été proches et le voyage sur la route qui les attend ne se présente pas comme une partie de plaisir. Colin semble toutefois savourer ces nouveaux moments de complicité, loin de sa routine et de sa petite amie avec laquelle s’est instaurée une certaine routine. Au fil du voyage, le frère et la sœur croisent de drôles d’individus ainsi que d’anciens camarades de lycée. Et les voilà confrontés à la réalité, à leur existence immature, leurs conflits intérieurs qu’ils avaient jusqu’ici refoulés…

Beau noir et blanc granuleux,  générique et musique rétro : The Color Wheel nous plonge dans un espace temps pour le moins étrange. Le phrasé des protagonistes, libre et moderne, s’oppose à une esthétique rappelant le cinéma arty des années 1960 et 1970. Alex Ross Perry, réalisateur et acteur principal impose dès les premières minutes un univers décalé, tour à tour fantaisiste ou désenchanté. Son personnage, Colin, est un drôle de mix entre Woody Allen et Michael Cera. Autant dire qu’on l’adopte tout de suite. Il en va de même pour l’irrésistible actrice Carlen Altman, interprète de JR, tour à tour futile, irritante, émouvante.

Avec ses répliques piquantes, son humour noir et parfois limite (on se moque gentiment des noirs, des handicapés alors que les situations improbables s’enchaînent), ce long-métrage impossible à dater suscite le rire et l’émotion, dispose d’un charme fou qui emporte tout sur son passage. Le cinéaste n’hésite pas à se moquer de tout et de tout le monde et ses personnages, leurs rêves ou leurs faiblesses sont rapidement tournés en dérision. Colin vit une relation sur le déclin, ne semble pas très épanoui dans son travail, JR n’a pas changé d’un iota depuis les années lycée, rêvant toujours naïvement de devenir une présentatrice météo.

The Color Wheel se révèle progressivement être l’histoire d’un frère et d’une sœur largués face au monde qui les entoure. Où qu’ils aillent, ils détonent, se marginalisent. Ils se parlent, se provoquent, agissent comme deux gamins et quand ils se retrouvent face à des gens de leur âge qui, du moins en apparence, ont muri, se sont posés, ils se prennent en pleine face leurs échecs, leur impossibilité à avancer, à devenir grand, faire des compromis. Le côté doux amer et rentre dedans du film fonctionne jusqu’aux dix dernières minutes, où un tournant pour le moins inattendu et choquant s’opère. En quelque sorte, on dira que ce qui se passe est la concrétisation brutale, sauvage, de la perte de l’innocence, de l’enfance, de rapports simples. On ressort pour le coup de la salle un peu interloqué. Seule certitude : il y a là un vrai ton et une vraie personnalité de cinéaste.

Film sorti le 1er août 2012   

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