
Allemagne du début des années 30. Hermann Hermann (Dirk Bogarde) est le propriétaire d’une usine de chocolat. Les temps sont durs : le krach boursier de Wall Street ne facilite pas les affaires, dans les rues le nazisme émerge, à la maison sa femme Lydia (Andréa Ferréol) le trompe sous son nez avec son grossier « cousin »…Mais Hermann Hermann semble ailleurs. Depuis quelques temps, il a l’impression de voir son double ou de se projeter hors de son propre corps. Lors d’un voyage d’affaires, il fait par hasard la rencontre d’un vagabond, Felix. L’homme ne lui ressemble pas du tout mais Hermann Hermann se persuade qu’il est sa copie conforme. Il propose à l’inconnu un étrange marché : échanger leur vie. Cette idée cache un plan machiavélique : le chocolatier espère tuer Felix en le faisant passer pour lui, afin de récupérer l’argent des assurances et s’offrir un nouveau départ…
Film assez peu connu de Rainer Werner Fassbinder, Despair est pour le moins un film déconcertant. Le réalisateur nous plonge dès les premières minutes dans un univers étrange, entre réalité et fantasme. La frontière entre la lucidité, l’intelligence du psychorigide Hermann Hermann et la folie se fait de plus en plus mince. Son appartement a des airs de labyrinthe, les murs semblent invisibles, on a la sensation dès le départ de déambuler dans un univers mental.
Adorant sa femme Lydia tout en la rabaissant en permanence, l’autorisant par son silence à cultiver une liaison avec un cousin peintre vulgaire à souhait : Hermann ferme les yeux, s’exécute ou rêve parfois à des rapports sexuels ritualisés, fétichisés. En croyant apercevoir son double, il admet sans le savoir qu’il est le spectateur de sa propre vie. Il traine dans les rues et ailleurs comme un fantôme, élabore un plan tordu insensé, ne réalise pas qu’un peu partout le nazisme monte, que la cruauté se banalise.
Voir ou ne pas voir…Hermann Hermann savoure d’avance une hypothétique nouvelle existence, se perd dans ses fantasmes, se gave d’illusions, perd la raison et s’entraîne lui-même dans une spirale infernale. Rainer Werner Fassbinder nous donne le vertige avec une mise en scène hallucinante. Magie des mouvements de caméra semant la confusion, jeu avec la profondeur de champ. On s’y perd…Peut-être un peu trop parfois : sur la durée, on finit par s’égarer et ressentir quelques longueurs. Mais la folie saluable du projet, sa grande maitrise formelle et le couple très particulier formé par Dirk Bogarde et Andréa Ferréol font que ce long-métrage exigeant mérite le coup d’œil.
Film sorti en 1978 / Reprise le 28 mars 2012







