Les bêtes du Sud sauvage (Benh Zeitlin, 2012) : la bouse du Bayou

Gaspard Granaud 14 décembre 2012 2
Les bêtes du Sud sauvage (Benh Zeitlin, 2012) : la bouse du Bayou

Louisiane du Sud. Hushpuppy, petite fille de 6 ans, vit seule avec son père dans un bidonville isolé. La communauté est soudée, oublie la misère pour savourer la liberté. Mais le monde rattrape ces marginaux : une catastrophe climatique est en marche et le village pourrait bien vite être englouti. Le père de Hushpuppy tombe malade en même temps que le quotidien rime désormais avec apocalypse. Des monstres anciens, les aurochs, surgissent. Mais Hushpuppy, courageuse, n’est pas prête à baisser les bras. Contrainte d’agir en adulte avant l’heure, elle va délivrer à son père et aux siens une grande leçon de survie et d’espoir…

Caméra d’or au Festival de Cannes 2012, primé à Sundance, Deauville, et tout un tas d’autres festivals, acclamé par la critique : Les bêtes du Sud Sauvage est annoncé comme « la grande révélation de l’année » . Même si le sujet n’a à priori rien de particulièrement excitant, on se laisse piquer par la curiosité et on fonce le découvrir en salles. Et là, on tombe de haut. « La naissance d’un cinéaste », sérieusement ? La caméra épaule n’est pas un style en soi. Surtout quand elle est employée de façon si maladroite qu’elle en vient à donner la nausée. L’impression d’assister au premier court-métrage d’un étudiant en cinéma surexcité qui se jette sur chaque objet, part dans tous les sens sans réelle cohérence. Heureusement, la photographie donne un certain cachet à l’ensemble. Mais il n’y a pas d’inspiration et encore moins d’audace. Le film n’est presque jamais sensoriel et se contente de capturer ,entre fascination et amusement parfois mal placé, les décors naturels glauques du Bayou.

Que la forme ne soit pas innovante ou particulièrement originale, et qu’elle soit au contraire fatigante sur la durée, n’est pas un si gros problème. Ce qui finit par vraiment irriter, c’est cette capacité qu’a Benh Zeitlin à se cacher derrière ses bonnes intentions et ses « grands sujets » (tournage contre vents et marées, discours écolo, pseudo-leçon d’humanité) pour délivrer une histoire dont la paresse du scénario laisse plus d’une fois dubitatif. Il faut avouer qu’on ne s’énerverait pas autant si le film n’avait pas reçu tant d’éloges. Il n’est ni plus ni moins qu’un honnête divertissement dégoulinant de bons sentiments, qu’on aurait peut-être même pris plaisir à regarder à la télé ,en mangeant plein de chocolat, un lendemain de Noël. Mais quand on s’est déplacé pour un moment de cinéma (car c’est bien ce qui nous a été promis partout) et qu’on se retrouve pris en otage par une soupe aussi indigeste, la colère monte.

TOUT est lourd. Utilisation excessive de la voix off de la jeune actrice qui en fait des tonnes dans un registre éculé type « je suis une petite fille naïve vivant dans un bidonville,  j’occulte la tristesse du monde, je suis trop mignonne, regarde ma petite grimace en même temps que je m’adresse à toi comme un gogol ». Une voix off omniprésente qui traduit par ailleurs l’incapacité totale du réalisateur de raconter des choses par la simple force des images : il faut tout expliquer, tout souligner desfois que le spectateur serait aussi évolué qu’un enfant de 6 ans. Mais souligner avec les mots ne suffit pas, tant qu’à faire autant sortir les violons. Grâce à une bande-originale grandiloquente, Benh Zeitlin nous laisse anticiper à des kilomètres chaque possible moment d’émotion. Aucune subtilité . Et ne parlons même pas de la métaphore des monstres qu’on nous ressert je ne sais combien de fois…

A n’en pas douter, la formule marche sur beaucoup de monde. Mais on est tout à fait en droit d’être coupé de toute émotion, avec la sensation de constamment voir les énormes ficelles d’un véritable tâcheron, très sûr de ses effets, recyclant avec frénésie tous les ingrédients qu’il aurait pu trouver dans un manuel « Faire un drame fauché mais efficace pour faire chialer mémé en 10 leçons »  . Ainsi, par exemple, tout le film durant le père répète à sa petite fille qu’il ne faut pas pleurer. Et ,forcément, à un moment il se met lui-même à pleurer en chouinant : « Mais il ne faut pas pleurer, hein ». AU SECOURS !

Le temps paraît très long, on a l’impression de se prendre en pleine face un curieux mélange de publicité Unicef mixée à une campagne promotionnelle surfaite pour je ne sais quelle marque désireuse de se donner bonne conscience en se la jouant écolo et ouverte sur le monde. L’impression d’avoir vu ça 1000 fois, aucune personnalité : tout pue le réchauffé. On en ressort avec la sensation d’être plus bête qu’en y étant entré. C’est régressif et vain. A oublier d’urgence. Ca tombe bien : la déception passée, la colère digérée, on réalise que le film s’efface déjà. Comme toute « œuvre » formatée à la criante et suffisante médiocrité.

Film sorti le 12 décembre 2012

2 Comments »

  1. FredMJG 2 janvier 2013 at 23 h 52 min - Reply

    Bien, je ne vais pas te dire merci car ça n’est jamais agréable de se dire qu’on s’est emmerdé gravissime sur un film et qu’on a perdu deux heures et quelque de sa vie, mais enfin j’ai cru comprendre que nous avions vu toi et moi sensiblement le même film, ce dont je finissais par douter au vu des clameurs ambiantes. Quoique je n’ai pas de cœur quand on y réfléchit bien ^^

    • Gaspard Granaud 7 janvier 2013 at 22 h 50 min - Reply

      Quand je vois que des petits films courageux galèrent à avoir un papier et que ce genre de connerie se fait encenser partout, ça me désespère. La critique française a vraiment parfois de grands moments d’absence…Enfin bon, c’est un mauvais de cinéma, il y en a eu peu en 2012, on oublie.

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