Camille 2000 (Radley Metzger, 1969) : La dame aux camélias, version pop et décadente

Gaspard Granaud 17 juillet 2012 0
Camille 2000 (Radley Metzger, 1969) : La dame aux camélias, version pop et décadente

Armand Duval (Nino Castenluovo) débarque à Rome pour quelques jours. Il aimerait bien y trouver une jolie compagne. Il jette très vite son dévolu sur Marguerite Gautier (Danièle Gaubert), jeune femme sauvage, connue pour offrir ses charmes contre de coquettes sommes. Marguerite mène une vie de fêtes et de déchéance. Dans ses soirées on se défonce dans tous les  sens du terme. Courageux, et surtout amoureux, Armand entame avec la belle une liaison torride en espérant qu’un jour elle plaque tout pour partir avec lui. Mais la lady peine à renoncer au luxe et à la débauche. Pourtant, le cœur finira par l’emporter : Marguerite entrainant Armand sur une petite péniche, loin de la fureur de la ville. Après des semaines de bonheur, l’orage gronde : le père d’Armand vient demander à Marguerite de rompre avec lui. Ce dernier est sur le point de se ruiner pour satisfaire le train de vie de son amoureuse. Marguerite accepte de rompre, fait croire à Armand qu’elle ne l’aime plus. Mais la séparation est encore plus destructrice que prévue, pour l’un comme pour l’autre…

C’est sans aucun doute l’adaptation de La dame aux camélias la plus originale et la plus culotée. A l’aube des années 70, Radley Metzger, figure emblématique de la sexploitation, livre sa vision très personnelle du roman d’Alexandre Dumas Fils. Il transpose l’intrigue à Rome, qu’il veut pop et un poil futuriste. Nous sommes censés être dans les années 2000. Ce côté anticipation peut paraître aujourd’hui un poil risible. Il sonne surtout très 70’s (la bande originale y est pour beaucoup). Attention toutefois à ne pas mal interpréter ces propos : l’univers de Camille 2000 étant formellement très intrigant. Une ambiance très warholienne, colorée, chic, où le luxe est indissociable de la décadence. La critique du milieu aisé exposé dans le livre est ici plus mince, plus subtile, le réalisateur nous entrainant dans un univers qui laisse la porte ouverte à tous les fantasmes.

camille 2000 nino castelnuovo

Plus bitch et classe que jamais, Marguerite Gautier est campée avec sensualité par Danièle Gaubert. La singularité du film tient dans son parti pris d’érotiser le roman originel et de gratifier la romance de Marguerite et Armand d’une part de passion sexuelle irrésistible. Armand Duval est peut-être romantique et lisse mais c’est aussi ici un chaud lapin qui emmène directement sa Marguerite au septième ciel. Dans ce rôle de classieux étalon, Nino Castelnuovo déborde de charme et fait amplement monter la température. Le Guy des Parapluies de Cherbourg est bien loin…Nous suivons l’avancée de ce personnage de jeune homme candide qui par amour se laisse peu à peu gagner par la luxure.

Ce qui n’aurait pu être qu’une version plus « cul » de La dame aux camélias se présente progressivement comme un object cinématographique tout ce qu’il y a de plus passionnant. La réalisation est pleine de surprises entre jeux de miroirs, troublants effets à la lisière de l’art cinétique et plans séquences fougueux. Un univers pop décadent qui se rapproche de plus en plus du rock, avec la fameuse dernière partie où le sacrifice de Marguerite entraine Armand au fond du désespoir. Marguerite redevient accro à la dope, Armand s’en donne à cœur joie dans une soirée SM/Prison. Le dernier plan sur un Nino Castelnuovo riant aux éclats de la façon la plus forcée qui soit reste dans les esprits. L’amour est parti à jamais, ne reste plus qu’à sombrer dans la fureur de la nuit.

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