Little shots of happiness (Todd Verow, 1997) : Boston Underground

Gaspard Granaud 27 novembre 2010 0
Little shots of happiness (Todd Verow, 1997) : Boston Underground

Frances (Bonnie Dickenson) vit dans une maisonnette miteuse à Boston, avec un mari instable qui la fatigue plus qu’elle ne l’aime. Un matin, elle décide de faire sa valise, sans plans, sans aucune idée d’où elle passera la nuit à venir. Elle se rend à son travail où elle fait de la prospection par téléphone. Encore quelque chose qui l’ennuie. C’est le week end, Frances se rue dans un bar, converse et boit des shots avec un parfait inconnu. Le lendemain, elle se réveille dans son lit, lui pique sa veste et part vers de nouvelles aventures. Désormais, elle passera son temps à boire, nuit comme jour et à coucher avec des hommes de passage. Elle se change dans les toilettes de son bureau ou d’ailleurs, se met à fumer (et devient instantanément accro), squatte des appartements ou dort dans des bordels inhabités. Sans toit et sans argent, elle devient marginale et croise des gens tout aussi largués qu’elle. Nous sommes à la fin des 90’s, le climat est presque apocalyptique…

Ayant bénéficié d’une sélection officielle au Festival de Berlin, Little shots of happiness fait partie des films de Todd Verow les plus côtés. Et pour cause : c’est un projet, comme toujours avec lui, à la fois complètement libre et borderline, rock’n roll. La fin des années 1990 sonnent ici l’heure de la déchéance. Comment faire quand on veut échapper aux règles, aux codes, que nous dicte la société ? Peut-on fuir son quotidien banal à en mourir, son mari austère et son travail ingrat ? Il ne semble malheureusement pas y avoir beaucoup d’alternatives. Frances va s’en rendre compte : sortir du système va directement la propulser vers un statut de marginale.

La demoiselle se laisse vivre et essaie de trouver une liberté qui lui a toujours été refusée. Le week end, sans les chaines du foyer ou du travail, elle redécouvre le frisson de la vie de célibataire. Comme le titre du film l’indique, elle va essayer de se faire quelques « shots of happiness ». Des shots d’alcool bien sur (très vite, notre blonde n’enlèvera plus de ses mains sa bouteille et sa cigarette) mais aussi des shots de plaisir avec des hommes inconnus, tout aussi égarés qu’elle. Des shots d’illusion, une ivresse pour oublier l’incapacité d’avancer.

Todd Verow se place ici en digne héritier de Paul Morrissey. Même ambiance cheap, destroy et nihiliste. Frances croise des personnes qui comme elle ne savent pas quoi faire de leur  vie (des hommes seuls qui cherchent de la compagnie, un grave dépressif, une femme seule suite à la mort de son époux…). La réalisation sensorielle et perturbante (énormément de caméra épaule, les plans fixes se comptent sur les doigts de la main) traduit le sentiment de vertige, de malaise qui gagne et finit par habiter l’héroïne.

Dans le rôle principal, Bonnie Dickenson est incroyable de naturel et devient l’une de ces muses underground qu’on oublie pas. Portrait quasi-documentaire d’une femme et d’une génération complètement « fucked up », Little shot of happiness mériterait amplement de devenir culte.

Film sorti en 1997 / Disponible en import DVD

 

 

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