
Nomi Malone (Elizabeth Berkley), belle jeune femme blonde, débarque à Las Vegas pour tenter sa chance comme danseuse. Les choses commencent mal : l’homme qui l’a pris en stop disparaît avec sa valise, la laissant seule devant un casino, sans argent et sans connaître personne. Par chance, Nomi croise le chemin de Molly (Gina Ravera), une gentille inconnue qui se prend instantanément d’affection pour elle et qui lui propose de la loger le temps qu’elle rebondisse. Molly travaille comme costumière au Stardust, le casino qui propose un des spectacles les plus courus de Vegas où les danseuses mêlent danses et érotisme au cœur de décors pour le moins démesurés. Nomi découvre via son amie les coulisses du show et rencontre Cristal Connors (Gina Gershon), véritable star qui en tient le premier rôle. Fascinée, l’apprentie danseuse donnerait tout pour pouvoir un jour se produire au Stardust. En attendant, elle se trémousse les soirs au Cheetah, bar de strip tease cheap où les clients viennent essentiellement pour se « soulager » au détour de lap dance privés et épicés. Un soir, Cristal Connors vient la voir avec son petit ami et responsable des divertissements du Stardust : Zack Carey (Kyle MacLachlan). Nomi a visiblement, de par son témpérament de tigresse, tapé dans l’oeil de Cristal qui a décidé de jouer avec elle. Elle lui offre 500 dollars pour qu’elle gratifie Zack d’une danse des plus chaudes. Plus tard, Nomi obtient une audition pour devenir danseuse au Stardust et est sélectionnée. Les rêves commencent à se réaliser mais la danseuse voit de plus en plus grand. Sa relation ambiguë avec Cristal, faite de manipulations, de séduction et de rivalité, pousse Nomi a vouloir s’approprier tout ce dont la star dispose. Elle y parviendra, devenant la nouvelle « Goddess » du Stardust, sortant à son tour avec le « gentleman à l’allure de maquereau », Zack. Mais à quel prix ? Derrière les paillettes, la sensualité, l’excitation, que reste-t-il ? Plongée dans un milieu de serpents, devenant à son tour venimeuse, Nomi pourra-t-elle se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard ?
Showgirls est selon les spectateurs à qui l’on s’adresse un grand plaisir coupable, une petite catastrophe (le film a rafflé plusieurs Razzie Awards suite à sa sortie américaine) ou un des films les plus sous-évalués de son génial auteur Paul Verhoeven. Le réalisateur nous plonge ici dans une sorte de conte moderne, une success story pas comme les autres puisqu’elle se situe à Las Vegas, ville du jeu, du vice, saturée de néons, d’escrocs et de faux semblants. A l’extérieur comme à l’intérieur des casinos tout semble irréel, faux. Le kitsch esquinte les yeux ou hypnotise, c’est selon. Nomi, elle, est fascinée par la lumière des grandes scènes, par les décors outranciers du Stardust, ses volcans qui explosent, ses costumes à la limite de l’indécence. Vegas, plus que jamais, apparaît ici comme un dangereux virage. Nomi aurait vite fait de sombrer, de finir sur le trottoir, seule avec ses rêves brisés. Mais non.
Pur personnage de cinéma, à l’énergie sans limite, au tempérament brûlant : Nomi n’est pas le genre de filles à se laisser faire. Véritable tigresse, elle part facilement en vrille dès que quelque chose la contrarie. Parfois ingérable, violente, elle ne cesse d’avancer, charmant tous les gens qui se mettent sur son passage par sa force, son charisme, son envie d’en découdre. Elle agresse Molly lors de leur première rencontre mais la jeune femme lui propose un toit, elle se déchaîne sur un videur en boîte mais il lui propose de devenir sa muse, elle manque de respect à la star Cristal Connors mais cela lui permet de tirer son épingle du jeu et d’attirer son attention… Il faut dire qu’outre son charisme, sa façon de danser comme une bête, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, Nomi dispose d’un physique, d’un corps, qu’elle sait parfaitement utiliser comme une arme.
Suivre l’ascension de cette blonde volcanique a définitivement quelque chose de jouissif. D’autant plus que le milieu dans lequel évolue Nomi est infesté de garces, de danseuses prêtes à tout pour sortir de l’ombre ou rester dans la lumière. Regards en coin, coups de putes : tout semble de plus en plus permis alors que dans les loges, sur scène ou dans l’intimité la séduction reste le maître mot. Showgirls a bel et bien un côté soap opera, plaisir coupable, jouant avec nos pulsions et nos plus vils instincts. Mais il serait dommage de le réduire à cela.
Contrairement à tout ce que l’on a pu entendre, le casting est excellent, aussi crédible que sensuel en diable. Paul Verhoeven rend majestueux les numéros de danse, transforme le kitsch en grâce, en rêve. Et les scènes torrides ne manquent pas. Hyper érotique, plus d’une fois à couper le souffle, le film avance à toute vitesse et nous en met plein les mirettes, nous éclaboussant sérieusement par moments. Verhoeven envoie valser le bon goût et se lâche lors de plusieurs scènes pour le moins vertigineuses (le lap dance au Cheetah qui se mue en baise simulée puis les ébats torrides dans la piscine entre Nomi et Zack qui nous laissent sonnés, la bouche grande ouverte). C’est sans doute là une des grandes réussites de ce long-métrage qui est parvenu au fil des années à devenir culte. Que la bonne morale l’emporte à la fin qu’importe : pendant plus de deux heures on s’est laissés enivrés et secoués par un spectacle comme on en voit trop peu. Osé, dans le meilleur sens du terme.









