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Court-métrage – We once were tide (Jason Bradbury, 2011) : la moitié perdue

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Il y a des courts-métrages touchés par la grâce qui révèlent instantanément un auteur. C’est peu dire qu’on a hâte de voir Jason Bradbury passer au format long après avoir découvert We once were tide, petit film intimiste de moins de 20 minutes, dont l’épure des dialogues et la modestie du scénario font mouche.

Attention, spoilers (voir le film en fin de billet)

L’action se situe sur l’île de Wight. Décors naturels d’une incroyable mélancolie, d’une beauté et d’une poésie à couper le souffle en même temps que le tout inspire un étrange désespoir. Un beau garçon guette à la fenêtre. Son ami de toujours, Kyle, vient lui rendre visite. Sans avoir recours aux mots, le réalisateur parvient à donner en à peine quelques plans une consistance, un passé riche en émotions à ces deux garçons. Ils s’aiment, ils n’ont probablement connu personne d’autre dans leur coin isolé. Chaque moment passé ensemble est un événement en soi, un effet magique qui redonne à la vie tout son souffle. Ces deux-là, l’un à côté de l’autre, forment une évidence. Un amour fort et nécessaire pour le jeune personnage principal, Anthony, qui doit au quotidien s’occuper de sa mère gravement malade qui ne se souvient plus de lui.

Avec Kyle, c’est l’échappée sauvage. Le vent dans les cheveux se fait plaisant, les regards et les frôlements suffisent. Le rapport entre les deux garçons est brut, d’une pureté désarmante. La scène d’intimité durant laquelle ils se mélangent donnent le frisson tant elle est harmonieuse. Mais Kyle passe son temps à photographier Anthony, comme pour le capturer. Anthony apprendra sur la fin que son seul ami, son unique compagnon de rêveries, a été admis dans une école et qu’il est sur le point de partir. Il sera condamné à rester seul, il ne se ment pas à lui-même : plus rien ne sera jamais plus comme avant.

Sans jamais jouer au petit malin, malgré une maîtrise formelle qui s’impose d’elle-même, Jason Bradbury nous rappelle le goût terrible des paradis perdus. On ressort de We once were tide les yeux mouillés, avec l’envie d’un gros câlin. La chaleureuse tristesse qui en émane est de celles qui ne lâchent pas le spectateur de si tôt.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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