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Domiaddict : domination gay extrême dans le porno français

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Site « cousin » lié à la marque Citébeur, Domiaddict a vu le jour fin 2013. On y trouve à l’heure de l’écriture de ces lignes une petite quarantaine de vidéos originales, comprenant les scènes des différents films que le label a sorti en DVD. Le titre Domiaddict fait directement référence au modèle star du même nom que l’on retrouve pratiquement de près ou de loin dans toutes les scènes. Peu d’infos circulent sur le net sur l’identité réelle de ce mec que l’on devine intimement lié au sexclub niçois Le Code où ont eu lieu la majorité des tournages. De quoi attiser une certaine curiosité et susciter un petit culte autour de sa personne. Domiaddict, le boss du site, c’est d’abord une voix. Avec un accent té-ci prononcé, c’est lui qui mène à la baguette ses modèles, donne les indications, orchestre les scènes. Au détour de quelques vidéos, on peut découvrir à quoi il ressemble. Un mec assez svelte, type rebeu, avec une belle gueule et un air autoritaire, portant la majorité du temps des jogging et des skets.

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Disons le de suite : Domiaddict, le site, n’est clairement pas destiné à tous les pornophiles. Âmes sensibles s’abstenir, ici les mecs ne sont là pour plaisanter. Ce label underground s’articule autour d’un fantasme de niche, celui de la domination/soumission version hard. Le slogan utilisé pour son lancement annonce la couleur : « L’avillissement c’est maintenant ». La homepage est tout aussi directe : « Donne un sens à ta vie – Domination, déprave, lopage pour larbins et bâtards passifs et soumis ». Pour ceux qui sont déjà familiarisé avec un porno gay extrême, type les productions Kink, ce qui interpelle lors de la découverte de Domiaddict c’est son premier degré revendiqué. Dans les vidéos Kink comme les très hard et spectaculaires scènes de « Bound in Public », on voit toujours les modèles à la fin du plan dire à quel point ils ont pris leur pied, nous rappelant que tout ceci n’était qu’un jeu, une expérience, une performance. Chez Domiaddict, on coupe brutalement après la jouissance ou bien on voit un dominateur s’adresser en ces termes à son partenaire soumis : « Tu prends une douche et tu te casses ». Ici la domination/soumission n’est pas un JEU de rôle, c’est une discipline.

C’est un peu comme dans la vie réelle : il y a le « soumis du dimanche » (une petite fellation fond de gorge / une biffle, 2-3 insultes et petites fessées et c’est fini et on sourit) et la vraie « lope » à fond dans son rôle. Le délire peut être poussé très loin, j’en avais parlé dans un billet-enquête sur le thème du dog training écrit pour le Tag Parfait. Le simple fait d’être un peu dirigé n’est pas suffisant pour certains qui préfèrent se laisser entraîner dans des plans plus violents, plus agressifs, plus sales, humiliants. Les passifs soumis de Domiaddict sont clairement (que ce soit à l’image ou dans les textes de présentation) renvoyés à une image de grande infériorité. On les désigne comme des « chiottes humains », des « pouf », des « tafioles », « clébards » ou « larbins ». La découverte du site permet en quelque sorte de tester ses propres limites face au porno et sa sexualité. Ce qui est évident, c’est que n’est pas du porno « propre » / « guilt free ». Domiaddict joue sans vraiment s’en cacher sur les pulsions les plus obscures. Le non-initié peut ainsi être facilement mal à l’aise face à certaines situations extrêmes.

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Bousculer et pousser le spectateur hors de toute zone de confort semble être une des ambitions du label qui ne fait absolument rien pour mettre à l’aise. C’est plutôt tout l’inverse : parfois une musique très obscure qui pourrait orner un film d’horreur sert d’habillage, nous donnant l’impression d’avoir pris un aller sans retour pour les ténèbres. La réalisation joue aussi beaucoup avec le côté amateur. Tout donne l’impression d’être filmé à la volée, souvent via smartphone, en temps réel. L’action prend majoritairement place dans les recoins du sexclub de Nice, Le Code , où en arrière plan on peut apercevoir par moments des mecs dans des tenues de moines ou des hommes « momifiés ». On trouve aussi ,outre les cabines, des sortes de cages et des espaces pissoirs parfaitement pensés pour les amateurs de « plaisirs humides ». Le côté cauchemardesque / sombre / sale / glauque est voulu. Le modèle passif soumis est là pour être « souillé », humilié, être mis à terre par des mecs qui sont de véritables bêtes, impitoyables, déployant parfois des rires gras.

Complètement à l’opposé d’un porno célébrant une sexualité sensuelle et douce, affective, Domiaddict clame son attrait pour « la déprave ». Ainsi, rien ne sera épargné aux soumis. On peut leur tondre les cheveux ou les poils du corps, leur donner des coups de pieds, leur cracher ou leur pisser dessus ou dans la bouche, les traîner en laisse, les gratifier de claques ou de coups de pieds, les fouetter, les attacher, les déguiser en chien, les exhiber à l’extérieur, les « faire tourner » ou les « mettre à dispo », les corriger quand ils n’obéissent pas assez, leur faire lécher les skets, exiger qu’ils « décrassent » des pieds sales… Les scènes les plus extrêmes / tordues mettent en scène un soumis qui a l’âge d’être grand père aux prises d’un « Militaire / Père de famille / Légionnaire de l’Europe de L’Est » (rien que ça!), un jeune « larbin » humilié par Domiaddict en personne et son assistante féminine (de quoi donner lieu à du porn bi subversif), des jeux pas du tout catholiques avec des entonnoirs, des « marchés aux esclaves » en appartement ou dans un bar où des minets captifs sont emballés dans des draps puis vendus à des maîtres…

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Y a-t-il vraiment de quoi s’offusquer ? Après tout le fantasme domi/soumis est archi présent chez les gays, à différentes échelles. Ce qui inquiète un peu ici, c’est que l’on s’approche vraiment du fond. Pour avoir déjà croisé des soumis expérimentés, ils vous expliquent que dans ces extrêmes ils trouvent une façon de s’abandonner et de s’oublier totalement, de s’approcher d’un état de transe (c’est un peu le discours récurrent des adeptes du BDSM). Ils sont consentants, ils aiment être souillés, cela les excite. Mais ne doit-on pas faire attention tout de même, n’y a-t-il pas une limite à ne pas franchir ? Est-ce qu’à un moment on ne va pas trop loin ? Dans le petit cercle des « domis/ soumis hardcore » certains soumis signent des « contrats d’appartenance » stipulant qu’ils « appartiennent » à un maître dominateur. A partir du moment où ces pratiques ne sont plus de l’ordre du jeu mais deviennent trop premier degré, qu’elles finissent par déboucher sur un rapport psychologique tordu / borderline, je trouve personnellement qu’on arrive à quelque chose d’assez malsain. Je dois ainsi avouer avoir été assez mal à l’aise face à des passages où l’on voit un jeune soumis contraint, avec un faux flingue braqué sur lui, de devoir répéter des mots en arabe le désignant comme « Un PD / Une pute / Une chienne » face à un maître dominateur rebeu dont le visage est recouvert d’un foulard et qui le pousse ensuite à dire à haute voix qu’il devient son objet et lui cède sa liberté. Je trouve ça un peu trop « Fucked up » même si c’est fictionnel, car je sais que ça existe en vrai et que je m’inquiète pour les mecs qui finissent par tomber dans ce genre de délire. Pour en avoir vu quelques-uns lorsque je faisais des tests de bars gays, dans pas mal de sexclubs il n’est pas rare de voir des mecs soumis « mis à dispo » à une bande de domis les prenant en mode bareback. Chez Domiaddict, pas de malaise là-dessus : comme toute vidéo associée à Citébeur, tout est très safe / protégé. Mais on ne peut s’empêcher de se demander jusqu’à quel niveau cette dépravation peut emmener ceux qui ne sont pas assez armés ou futés pour se poser des limites dans la réalité …

Ces réserves émises, il est indiscutable que Domiaddict propose quelque chose de jamais vu dans le porn dit professionnel. On a pas l’impression d’être devant des scènes mais plutôt devant des vrais plans culs extrêmes. Une véritable plongée documentaire pour les curieux amateurs de sensations (très) fortes. Un petit film intitulé Enzo Di Karina, guide de la trash destination permet ainsi de suivre un faux journaliste qui découvre l’univers de Domiaddict via l’un de ses potes domis, Enzo. Ce dernier le fait assister à une séance de domination en appartement ou un larbin est humilié puis l’entraîne dans une soirée du sexclub Le Code avant de le dominer. On les voit aussi s’aventurer à une scène en extérieur qui dépote : ils s’adonnent à des préliminaires sur un lieu de drague au bord d’une voie ferrée où circulent des passants habitués et où à un moment passe même un train SNCF alors que les deux gaillards font leur affaire ! Chaque vidéo est criante de naturel et de vérité sur ce type de pratiques et aucun modèle ne semble tricher.

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Pour ce qui est de la frontière fiction / réalité, on notera que le site cultive l’ambiguïté. Sur toutes les scènes, on trouve un avertissement nous certifiant que ce que l’on voit est une fiction avec des acteurs consentants mais ces panneaux sont suivis dans certaines vidéos par un générique annonçant que le plan a été fait en impro avec des non professionnels. Domiaddict invite d’ailleurs à plusieurs reprises les spectateurs du site qui seraient soumis à lui envoyer un mail pour soumettre leur candidature et leur « CV de chienne ».

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Les modèles, parlons-en. Domiaddict vole clairement la vedette à tout le monde et impose sa présence. Une scène du site sans qu’on puisse le voir ou entendre sa voix et ses ordres n’en est pas vraiment une. Pour les autres on trouve quelques réguliers chez les domis comme le très butch Enzo Di Karina ou plus récemment Glenn Coste. Pour ce qui est des soumis, difficile à dire : un certain nombre apparaissent cagoulés. On note tout de même que dans un bon tiers des vidéos apparaît le même slave : un certain Justin, petit minet brun, fin, à l’air faussement innocent qui excelle à chacune de ses performances, donnant constamment l’impression d’être là contre son gré… Au rayon des « guests », on pourra noter une apparition de Mathieu Ferhati et quelques autres de Jordan Fox.

En moins d’un an, le label Domiaddict prend doucement mais sûrement de l’ampleur. Et il semblerait qu’après des modestes productions sorties en dvd comme 24h déprave ou Slave Market, l’équipe ambitionne de se rapprocher davantage d’un format film. En témoigne la récente tentative d’un projet plus scénarisé, X Ken, où l’on suit les fantasmes sulfureux d’un mec en couple rêvant qu’il est kidnappé et contraint de devenir un esclave sexuel. Les dialogues sont maladroits, le scénario expédié et la technique bâclée mais c’est un premier pas vers quelque chose de plus calibré (on notera par ailleurs que cette dernière production est un peu plus soft que la majorité du contenu présent sur le site).

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Pas de doute : pour les amateurs de domination/soumission extrême, Domiaddict a tout pour faire office de référence et constitue une réponse underground, naturaliste et française à Kink. Le label met aussi avec une aisance certaine KO tout ce qui a pu être fait dans ce domaine dans le porn amateur. Pour ce qui est des pornophiles plus sensibles, les délires de ces bad boys pourront sans doute paraître parfois / souvent trop poussés, trop directs, et exécutés avec une agressivité qui peut susciter le rejet. Chacun son délire comme on dit… Mais faites quand même attention à vous, « en vrai ».

Site de Domiaddict

Lire l’interview de Domiaddict suite à la publication de ce billet 

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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