
Wolfgang Zenker (Edgar Selge) est VRP dans le milieu du textile. Passionné par son travail, il en oublie trop souvent sa femme et est aussi un père à côté de la plaque, injuste envers son fils adolescent, Karsten (Florian Bartholomäi). Le jour où ce dernier est sur le point de partir en vacances avec des amies, Wolfgang enchaîne les tuiles. Au travail, un collègue, Steven Brookmüller (Roman Knizka) se met en tête de lui piquer ses clients en lançant une ligne de vêtements plus moderne et moins onéreuse ; sur le chemin de l’aéroport pour déposer Karsten et ses amis, il se fait arrêter par la police suite à un excès de vitesse et perd son permis ; sa femme, influencée par une amie, envisage de le quitter…Ajoutez à cela un compte en banque dépouillé et des travaux à faire dans la maison et vous comprendrez l’enfer de ce Monsieur tout le monde. Alors que les galères s’enchaînent, Wolfgang décide de s’accrocher et de faire la guerre à son concurrent qui est en train de lui piquer toutes ses clientes. C’est Karsten qui se voit contraint de le trimballer à tous ses rendez-vous, annulant au passage ses vacances. L’adolescent est furieux mais finit par relativiser quand il fait la connaissance d’un bel homme qui ne le laisse pas indifférent et qui se révèle être Steven, l’ennemi juré de son père. De quoi compliquer sérieusement les choses…
Fashion Victims (Reine Geschmacksache en VO) opte pour le mélange des genres, mêlant comédie familiale un brin disjonctée et film de coming out sensible. Ingo Rasper passe avec brio de l’un à l’autre, parvenant à faire rire et émouvoir notamment grâce à des interprètes tous dotés d’une belle énergie.
Aussi grotesque qu’attachant, Wolfgang Zenker est un loser total qui voit toute sa vie lui échapper. La descente aux enfers qu’il entame est filmée avec beaucoup de drôlerie et a définitivement quelque chose de jouissif. C’est qu’il l’a bien cherché, accumulant les mauvais choix, persuadé d’avoir toujours raison, ne pensant trop souvent qu’à lui. Obsédé par son envie de réussir au travail, il oublie le reste et sa femme comme son fils font légèrement tapisserie. Pas de chance pour lui : c’est au moment où les choses battent de l’aile au boulot que sa vie familiale se voit elle aussi bousculée. Refusant d’apprendre de ses erreurs, l’homme va creuser encore et encore son trou jusqu’au point de non retour.
Pendant ce temps, son fils Karsten tombe amoureux pour la première fois, d’un homme plus âgé. Naïveté et maladresse touchante de l’adolescence, érotisme latent (troublante scène durant laquelle Steven effleure le haut du caleçon de l’adolescent tout excité – première fois oblige): les scènes entre Karsten ,le minet attendrissant, et Steven ,le blond entrepreneur et sûr de lui, font mouche. Si le réalisateur ne délaisse jamais vraiment l’humour, la love story qu’il met en place lui permet d’emprunter d’autres chemins, comme la comédie romantique où la chronique adolescente douce-amère.
Entre deux situations gentiment barrées, Fashion Victims parle de la difficulté de vivre ensemble, d’évoluer. Comment maintenir un couple complètement tombé dans la routine ? Comment ne pas se laisser bouffer par la concurrence dans un monde aussi compétitif et mouvant que celui du textile ? Comment gérer ses premières pulsions sentimentales et sexuelles quand elles nous tombent dessus sans crier gare ? Avec légèreté, Ingo Rasper amène quelques réponses tout en nous régalant avec un divertissement survitaminé. Si la réalisation est très classique, le mordant du scénario et le charme des acteurs suffisent à rendre le tout très attachant.








