Hors les murs (David Lambert, 2012) : prisonnier de l’amour

Gaspard Granaud 4 juin 2012 0
Hors les murs (David Lambert, 2012) : prisonnier de l’amour

Le soir où Paulo (Matila Mallliarakis) fait la fête dans le bar dans lequel travaille Ilir (Guillaume Gouix), jeune beau mec viril d’origine albanaise, les deux hommes s’échangent quelques regards insistants. Ivre mort, Paulo est recueilli par le barman qui le porte jusque chez lui. Le lendemain matin les deux garçons se cherchent. Ils finissent par coucher ensemble. Paulo a le coup de foudre et quitte sur le champ sa petite amie. Il se retrouve sans abri et vient squatter chez son amant, un peu dépassé par la situation. Mais entre eux le courant passe si bien, notamment sexuellement, que rapidement ils ne se déplacent plus l’un sans l’autre. Paulo est pianiste, Ilir est bassiste : ils ne font peut-être pas la même musique mais ils s’harmonisent, vivent mieux que jamais leur homosexualité. Un jour, Ilir doit partir pour un concert. Avant son départ, il met une sorte de ceinture de chasteté à son copain, en lui faisant comprendre qu’il lui appartient. Mais quelques jours plus tard, le « sexe cadenassé », Paulo est sans nouvelles de son bien aimé. Il est contraint d’aller se faire retirer le sex toy à la boutique où Ilir l’avait acheté (l’occasion de revoir le vendeur qui avait visiblement craqué pour lui). Paulo découvre plus tard qu’Ilir est en prison. Il a été attrapé avec du shit et a été violent lors de son arrestation. Il en a pour un an. Leur romance pourra-t-elle survivre à ce changement de vie  considérable ?

Hors les murs commence maladroitement. On craint de voir se dérouler devant nos yeux une énième histoire de garçons honteux tentant de faire leur coming out. Les questionnements , la petite amie jalouse : les situations sonnent un peu faux mais on s’accroche, le duo formé par Guillaume Gouix et Matila Malliarakis débordant de charme. Et on fait bien de s’accrocher car très vite le film prend une autre dimension. On bascule dans une romance craquante, assumée, moderne, entre deux garçons. La façon de filmer leur intimité est très bien vue, ludique et troublante (quand Guillaume Gouix se mue en léger dominateur, on a chaud !). Il y a de l’amour dans l’air, on vibre aux côtés des personnages.

Puis survient l’incarcération d’Ilir. Un nouveau changement de direction, une nouvelle surprise : le scénario est finalement bien plus surprenant que ce à quoi on s’attendait. Comment cultiver un parfait début de relation quand les murs d’une prison se dressent sans crier gare ? Livré à lui-même, Paulo ne vit plus que pour ses moments aux parloirs. Mais ces moments font autant de bien que de mal à Ilir, qui se laisse progressivement abattre par la violence du quotidien à laquelle il est soumis. Petit à petit, les deux hommes se séparent, s’éloignent, évoluent loin l’un de l’autre. Tandis qu’Ilir doit donner de son corps aux hommes de la prison, Paulo se donne au vendeur du sex club, bear bobo tour à tour tendre ou dominateur. Les rapports SM sont discrets mais bien présents tout le long du film, représentant une vision de l’amour comme un abandon, une souffrance. Jusqu’où peut-on encaisser les coups ?

On passe de la légèreté à la gravité, on voit la cruelle épreuve du temps faire son œuvre. Les deux acteurs principaux sont très bons, complètement imprégnés de leur rôle et Guillaume Gouix confirme tous les bons espoirs placés en lui depuis Jimmy Rivière. La réalisation est sobre, au plus près des acteurs, de leurs visages, leurs regards. La douce musique de l’amour sonne comme une fatalité ou un instant de magie. Un paradis perdu. Attachant.

Film présenté à La Semaine de la Critique – Cannes 2012

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