Initiation / Blutsfreundschaft (Peter Kern, 2009) : choisir entre un gay et des néo-nazis

Gaspard Granaud 30 avril 2012 2
Initiation / Blutsfreundschaft (Peter Kern, 2009) : choisir entre un gay et des néo-nazis

Autriche. Axel (Harry Lamp) , 16 ans, est un jeune homme désorienté. Il subit chez lui les foudres d’un beau-père alcoolique qui finit par le flanquer dehors. Livré à lui-même, il cherche tant bien que mal un soutien. Enrôlé par une bande de néo-nazis, il tue accidentellement un travailleur social. Fuyant la police, il entre par effraction chez un homme inconnu, Gustav Tritzinsky (Helmut Berger). Ce dernier, homosexuel vieillissant, lui offre l’hospitalité. Axel lui rappelle son premier amour perdu, alors qu’il n’était qu’un ado fragile, embarqué dans les jeunesses hitlériennes…Une amitié se forge mais Axel se retrouve tiraillé entre le confort que lui offre Gustav et la sensation d’appartenance à une bande que lui procurent les néo-nazis. Ces derniers étant profondément homophobes, il ne pourra jouer bien longtemps sur les deux tableaux. Quand il finit par rejoindre le clan des antisémites, les choses basculent et une descente aux enfers commence…

Initiation (Blutsfreundschaft en VO) est aussi bien le portrait d’un adolescent en quête de lui-même que d’une Autriche perdue entre traumatismes de guerre et vague néo-nazie. Alors que Gustav se remémore petit à petit l’enfer des jeunesses hitlériennes (il y avait rencontré son premier amour mais, suite à un accident, démasqués, il avait causé la mort de son petit copain), d’autres dans les rues croient encore que l’idéologie nauséabonde d’Hitler relève de la fierté patriotique. Le réalisateur Peter Kern accumule les scènes violentes, entre rites de passage pour Axel et séquestrations d’étrangers et autres pauvres laissés pour comptes qui deviennent les cibles de la bande de fachos. Si tout est réuni pour donner lieu à un long-métrage intense et cauchemardesque, la mise en scène est malheureusement bien trop faible. Ralentis poussifs, flashbacks parfois grossiers, et même si le ton est glauque, souvent les scènes sensées nous marquer tombent à plat (à l’image de celle où une blonde amoureuse d’un néo-nazi s’offre malgré elle à un gang bang avant de déclarer sa flamme au jeune Axel – c’est trop mal amené, on y croit pas).

Peinant à nous tenir en haleine, Initiation dispose toutefois d’un atout : la relation touchante entre un homo vieillissant et un jeune rebelle perdu. L’idée de confronter Axel à deux univers extrêmement opposés (la petite communauté LGBT du bled dans lequel il évolue et les réunions fascistes) est intéressante. Jeune plein de fêlures mais à l’identité floue, Axel vacille et son incertitude pourrait finir par coûter cher à tout le monde.  Des passages violents avec les néo-nazis nous passons au monde coloré et désenchanté de Gustav et de son amie transsexuelle. Chacun se cherche, essaie de s’affirmer, de vivre avec le passé ou le présent. Dommage que le scénario, ponctué de belles idées, ne trouve pas ici une forme assez subtile et maitrisée pour convaincre.

2 Comments »

  1. FredMJG 1 juin 2012 at 8 h 34 min - Reply

    Ne me dis pas que c’est Helmut là sur la photo. Brrrrrr

    • Gaspard Granaud 3 juin 2012 at 3 h 24 min - Reply

      Le temps passe, la beauté trépasse. Fuck.

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