
Eduardo (Simon Andreu) est le directeur d’une grande banque. Riche, affichant une quarantaine raffinée, homme de goût : nombreux sont ses amis à se demander comment il peut encore être célibataire. Réponse simple : Eduardo est un homo dans le placard. Les années 70 ne rimaient pas avec liberté pour tout le monde, et cet homme puissant ne peut assumer ses préférences sexuelles. Il les assouvit donc en secret, généralement en ayant recours aux services de prostitués. Et les prostitués ce n’est pas ce qui manque : nombreux sont les petits jeunes des quartiers pauvres à se mettre sur le trottoir en espérant fuir leur misère quotidienne. Client régulier, Eduardo n’est pourtant pas satisfait. Il rêve d’amour. Et il développe une obsession pour un minet de 18 ans qu’il ne connaît pas. Il l’épie à la sortie de ses cours, provoque leur rencontre et finit par lui proposer un travail dans sa banque. Le jeune homme s’appelle Miguel, est pauvre et découvre un nouvel univers alors qu’Eduardo devient son ami, l’emmenant dans des bordels en espérant provoquer quelque chose. Miguel ne voit pas clair dans son jeu et pense simplement avoir trouvé un ami et un bienfaiteur. Il a déjà beaucoup de choses à gérer : sa petite amie Carmen le fait tourner en rond et refuse de coucher avec lui et sa liaison avec une femme mariée raffolant de petits jeunes commence à mal tourner… Alors qu’Eduardo avoue à Miguel son amour, ce dernier prend les choses très mal et se sent trahi. Puis la colère passe et les deux hommes deviennent amis, en s’entendant sur le fait qu’il ne se passera jamais rien. Plus encore : Eduardo passe tout un été avec Miguel et sa copine Carmen, se satisfaisant de la simple présence d’une jeunesse inaccessible. Mais ce faux ménage à trois se corse alors que , délaissée, la femme mariée entreprend de faire du chantage à Eduardo pour que Miguel revienne vers elle…
Los Placeres Ocultos fait partie de ces films oubliés, introuvables en DVD et qui pourtant méritent amplement d’être vus (il est possible de se le procurer « sous le manteau » via le site Gay-Torrent).Eloy De La Iglesia montre la difficulté d’un homme puissant de vivre sereinement ses désirs. Secret, mensonges, l’amour accessible à la seule condition de payer…A la fois on a de l’empathie pour cet homo condamné à être refoulé et à la fois on peut le trouver un poil vicelard, étant friand de jeunes mecs presque mineurs. Sa façon de se rapprocher du naïf Miguel est tout à fait perverse.
Le film, très bien réalisé et interprété, est aussi bien une œuvre de coming-out que le récit de rapports de forces qui s’inversent (la puissance des riches face à l’insaisissable beauté de la jeunesse).
Alors que tout aurait rapidement pu tourner au drame, l’intrigue surprend en développant une amitié sans étiquette entre Eduardo et Miguel. Même si leur relation est plus ou moins articulée autour de l’argent (Miguel continuerait-il de traîner avec Eduardo s’il ne lui offrait pas un meilleur train de vie ?), on sent bien qu’il y a aussi de la sincérité. Ainsi, quand Eduardo sera offensé ou en danger, le jeune Miguel n’hésitera pas à le défendre, quitte à mettre sa propre vie en danger.
Oscillant constamment entre danger, douleur et lueur d’espoir, Los Placeres Ocultos parle aussi de la fascination des adultes pour « la chair fraiche ». Les beaux jeunes hommes font tourner la tête au point de pousser hommes et femmes à se mettre en péril, à devenir pervers ou diaboliques. Le final, ouvert et surprenant, laisse planer le doute sur le véritable visage d’Eduardo et Miguel. Leur relation restera un mystère, quelque chose de profondément ambigu, aux motivations floues. Intriguant.




