Masahista / Le masseur (Brillante Mendoza, 2005) : perte de l’innocence

Gaspard Granaud 6 août 2012 0
Masahista / Le masseur (Brillante Mendoza, 2005) : perte de l’innocence

Iliac (Coco Martin) commence sa première journée de travail dans un institut de massage à Manille (Philippines). Un institut pas comme les autres, tous les masseurs finissant par s’adonner à la prostitution. Alors qu’il se retrouve face à son premier client, Iliac ne sait pas encore ce qui l’attend une fois qu’il sera rentré à la maison. En effet, à l’issue de cette journée, ce jeune garçon de 20 ans finira par découvrir que son père est décédé…

Masahista (Le masseur) est le premier long-métrage de Brillante Mendoza, cinéaste philippin qui ne cesse de diviser à chaque sortie d’un de ses films. Cette première production se présente comme assez fauchée : caméra DV, tournage ayant duré moins de deux semaines…L’image est souvent glauque, ce qui colle parfaitement au sujet qui nous entraine vers les bas-fonds des Philippines. L’institut de massage/bordel apparaît ainsi comme particulièrement sale et même s’il est peuplé de jeunes hommes aux corps désirables, on ne parvient jamais totalement à oublier la crasse.

Rapidement, le film joue avec le temps et alterne passages au bordel où Iliac commence à vendre son âme (et son corps) au diable et la vie du garçon qui est chamboulée face à l’imminent enterrement de son père. Masahista est un joli petit film sur la perte de l’innocence. Il y a une scène très forte durant laquelle Iliac se fait sodomiser par son client. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la dépouille figée de son père que l’on a vu quelques minutes plus tôt. Ou comment le lit devient cercueil :  la petite et la grande mort ne font plus qu’une pour un terrible désenchantement.

Malgré le côté un peu cheap de l’entreprise, Brillante Mendoza témoigne déjà d’une évidente maitrise du cadre et de belles idées de mise en scène (très beaux travellings dans le bordel). A la fois glauque et érotique, morbide et intimiste, ce Masseur parvient amplement à nous troubler.

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