
MJ (V.S. Brodie), Iris (Guinevere Turner), Carol (Cheryl Dunye) et Lily (Lisa Gornick) sont quatre lesbiennes vivant dans un coin isolé des Etats-Unis. Jadis membres d’un groupe de rock, elles affichent maintenant la quarantaine et se révèlent particulièrement larguées entre une culture qui n’a pas de place pour elles et une jeune génération indifférente. MJ et Iris se sont séparées il y a peu et se chamaillent concernant la vente de leur belle maison avec piscine. Carol et Lily suivent une thérapie de couple pour sauver leur fragile relation alors que Lily espère tomber enceinte. Lors d’une soirée un peu arosée, les choses basculent : les filles font la fête avec une jeune femme, Cricket. Cette dernière commence à provoquer une dispute et par accident va trouver la mort. Suite à ce drame, les filles ne savent plus quoi faire. Et curieusement débarque dans la maison de MJ et Iris une inconnue, Skye, qui va se lier avec chacune d’entre elles. Skye aurait-elle un lien avec Cricket ?
En VO The Owls veut dire « Les chouettes ». C’est le terme choisi pour désigner ces lesbiennes vieillissantes, hors des capitales, bien forcées d’accuser le coup, de constater que la jeunesse est finie et que tous les désirs ne peuvent plus forcément être assouvis. On devine que les girls avaient soif de liberté, d’absolu, preuve en est leur ancien groupe de rock malheureusement tombé aux oubliettes. Chaque personnage témoigne d’une certaine frustration qu’il tente de combler par divers moyens (l’alcool, la masturbation devant porno, une thérapie, l’envie soudaine de fonder une famille)…Formellement, l’œuvre décoit un peu. C’est clairement un film underground, fauché, fait avec les moyens du bord sans sens réel du cadre. Mise en scène hésitante donc qui donne parfois un côté téléfilm. Et l’idée d’insérer des passages making of, nous faisant quitter l’intrigue, n’était peut-être pas très bonne…
Pourtant, si visuellement il n’y a pas de quoi être renversé, les thèmes abordés sont assez passionnants. Cheryl Dunye livre un film féministe et dresse le portrait de femmes ignorées, obligées de se raccrocher à des identités qui leur semblent trop stéréotypées. En tant que lesbienne, elles n’auraient le choix qu’entre la masculine « butch » ou la féminine « fem ». L’homosexualité féminine apparaît alors impitoyable, faite de cases et de chaînes. Passé un certain âge on ne pourrait plus provoquer que le rejet ou connaître un vif déclin. Ce n’est pas un hasard si la fille assassinée est jeune. C’est un acte accidentel mais qui concrétise la colère face à une jeunesse faisant partie d’une minorité qui rejette ses propres membres…
Incapacité à se définir, à trouver sa place dans la société, à se raccrocher à une culture, The owls est en quelque sorte un mélange entre production militante et curieux film noir underground. Avec ses comédiennes émouvantes et rock’n roll, son scénario désabusé, ses histoires d’amour déchues, le film a plus d’un atout pour séduire spectatrices et spectateurs.







