Films LGBT

« Grave », critique du film de Julia Ducournau (2017)

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« Grave » débarque dans les salles françaises après une réception enthousiaste au Festival de Cannes 2016, porté par une critique élogieuse et entouré d’un parfum de film inquiétant avec cette rumeur de nombreux évanouissements lors de certaines projections.

On est allé le voir en ayant un peu la boule au ventre, le sujet du film mis en avant étant le cannibalisme. Au final, si certaines scènes sont assez dures à regarder (notamment celles qui montrent des animaux morts et leur chair), pas de traumatisme. Ce qui ne rend pas moins troublant ce premier film français.

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Nous suivons la trajectoire de Justine (Garance Marillier), jeune fille modèle, studieuse et assez surdouée qui intègre une école de vétérinaire. Première fois qu’elle quitte le cocon familial cimenté par un père et une mère déjà vétérinaires et végétariens. Sur le campus, Justine se fait une joie de retrouver sa soeur Alexia (Ella Rumpf). Mais cette dernière ne se révèle pas particulièrement disponible, ne se présentant pas au rendez-vous pour l’accueillir. Elle préfère profiter des joies du campus et de ses multiples soirées décadentes et arrosées.

Les premiers jours se révèlent inattendus et d’une violence assez inouïe : se déploie un bizutage hardcore qui flirte avec le harcèlement. On recouvre les bizuts de sang, on les incite à coucher les uns avec les autres, on se saoule jusqu’à la déraison, on démonte les chambres… Pour Justine, l’étape la plus insupportable consiste à être contrainte d’ingurgiter de la viande crue, un rein de lapin. Après l’avoir mangé, quelque chose change en elle : un rejet puis le début d’une soif vertigineuse de chair.

Comme possédée, l’adolescente va peu à peu se laisser dépasser par ses pulsions, sous la coupe d’une grande soeur un peu perverse sur les bords. Dépassée par ce qu’elle vit et ressent, Justine ne semble pouvoir compter que sur son colocataire gay, Adrien (Rabah Naïf Oufella) dont elle tombe amoureuse en secret. Mais aussi protecteur et bienveillant soit-il, ce dernier pourra-t-il stopper la transformation inquiétante de Justine ?

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Visuellement abouti, jouant avec les limites du spectateur, « Grave » dépeint avec une réelle intensité la fin de l’enfance et une entrée violente dans le monde adulte. La vie étudiante est ici montrée comme quelque chose d’à la fois exaltant (par exemple pour le personnage d’Adrien qui peut vivre son homosexualité de façon libre et débridée) et de terrifiant (les mythiques bizutages type fac de médecine sont ici poussés à leur paroxysme de barbarie). Le cannibalisme est  traité avec sérieux mais a aussi un caractère fantasmatique et métaphorique, retranscrivant la soif de chair de son héroïne qui au début du film est encore vierge.

La réalisatrice Julia Ducournau nous emmène ailleurs, dispose d’un regard sur la jeunesse tout à fait libre, moderne et singulier, provoque sans pour autant trop prendre la pose (même si elle y cède parfois). Il manque peut-être cependant un je ne sais quoi à « Grave » qui ferait de lui un grand film. Très physique, primitif, il glace peut-être trop pour qu’on se l’approprie totalement. Il n’en est pas moins une promesse enthousiasmante, désarmante, qui provoque de nombreuses sensations et qui donne très envie de suivre sa jeune cinéaste au talent indéniable. Ici, un coup de coeur particulier pour le charnel et attachant Rabah Naït Oufella, grand frère de substitution et amour impossible d’une fille égarée dans ses envies et ses pulsions incontrôlables.

Film sorti le 15 mars 2017

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