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HMCB / Hot Men Cool Boyz (Knud Vesterskov, 2004) : au coeur du fantasme

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Un film porno gay produit par une filiale de Zentropa, la boîte de production de Lars von Trier : cela ne pouvait qu’intriguer ! Et le résultat est comme on pouvait s’y attendre particulièrement étrange, atypique. HMCB (Hot Men Cool Boyz) s’ouvre sur une sorte de JT où la présentatrice, le docteur Icemann , toute sérieuse devant un fond numérique, nous souhaite la bienvenue. Le programme est annoncé, nous serons devant « une fiction avec divers comportements sexuels.Un monde fantastique , un conte de fée de l’intime ». Puis il est précisé : « Les relations entre gens du même sexe sont courantes aussi bien chez les animaux que les humains ». Enfin, derniers points avant de se lancer dans l’aventure : les rapports du film sont des rapports protégés, les relations anales constituent une façon d’être atteint par le sida, ne pas oublier de mettre des préservatifs. « Nous espérons que ce film pourra convaincre à promouvoir les relations sexuelles risquées protégées ». Dès le départ on se moque des messages de prévention habituels.

Le générique commence, très kitsch : les acteurs sont présentés, en train de gémir, des bouts de scènes sont insérés sur un fond type tapisserie de mauvais goût. On notera que le film étant danois, il n’y a quasiment ici aucune tête connue.

Première scène : une séance d’hypnose. Ron Athey, acteur et personnage principal, contrôle deux hommes. « Imaginez 10 niveaux dans votre vision intérieure (…) Quand vous vous réveillerez, vous serez brûlant et envoûté. » Le décompte est lancé, interrompu par des scènes où un jeune narcisse contemple son reflet dans une flaque d’eau, au beau milieu d’un décor bucolique de pacotille. Ce sera la première scène x. Ce jeune homme, inspiré du héros de Pink Narcissus fera l’amour avec une sorte de créature céleste. HMCB, à l’instar de l’œuvre de James Bidgood, nous plongera au cœur de la fantasmagorie gay, mais version hardcore. Le jeune narcisse, dans une nature numérique bizarroïde et avec de curieux inserts de feuilles d’érable, ne manque ainsi pas de pénétrer son partenaire.

On retrouve Ron, homme très musclé et tatoué, faisant une déclaration d’amour en voix off à son compagnon, Andrea. L’image le montre en train de se masturber avec vigueur. « Je me branle deux fois par jour sur ta photo (…) Je suis un éperdu romantique, j’attends avec impatience de pouvoir t’enculer ».

Sans transition, on passe à une nouvelle scène où un trentenaire prend avec une certaine énergie un minet, le tout devant un nouveau fond artificiel, cette fois celui d’une fausse jungle avec une grande cascade. L’esthétique est on ne peut plus déroutante. C’est assez laid mais en même temps intrigant, parvenant à toucher chez nous quelque chose de l’ordre de l’inconscient. Nous sommes au coeur du fantasme.

La rêverie achevée, on débarque dans un cirque (lui aussi grotesque et numérisé). Un homme annonce un spectacle de freaks « Ce n’est pas un spectacle pour majorettes (…) Regardez  l’Elephant man avec sa cruelle grosse bite, l’homme vagin se gonfler ». Après l’onirisme cheap, c’est au tour des extrêmes de prendre le dessus.

Direction le Punk rock club où un beau brun, tenue noire, gants en cuir, lèche un pistolet en faisant quelques confidences en voix off. « J’adore qu’on me fasse mal (…) Baiser est le seul mot qui compte ». Il se trémousse, se stimule seul avec des pensées et souvenirs glauques. En fond, un bruit amplifié de métro, des sirènes de police. On découvre son histoire, celle d’un gigolo maso. « Il m’a enfoncé une bouteille dans le cul pour me calmer (…) Dans mon porno préféré, un vieux sodomise un gamin de 12 ans qui l’appelle grand-père ». Le fond numérique est plus épuré que les précédents, la caméra est fluide et suit avec une certaine virtuosité l’ivresse masturbatoire de ce bel homme rebelle et perdu, pris dans le cercle vicieux des amours torturés et masochistes. « Le week end suivant sera le même » lance-t-il après avoir joui et avant que le son ne laisse présager un coup qui part.

Lars von Trier et ses collaborateurs ont longtemps tenté d’instaurer leur dogme. Il semblerait qu’il n’y ait pas que le septième art « traditionnel » qui puisse y être assujetti. De retour à l’écran, Ron évoque « les codes dogmatiques du SM » : « Il y a une ambiguïté entre utiliser et abuser ». Nous arrivons à la scène choc du film. Un panneau s’affiche : « Si tu m’aimes, mais vraiment, fais-moi mal ». Une grande brute traîne deux soumis en collier-laisse dans un décor riche en chaînes, suscitant d’emblée le malaise. Mélange de chaînes artificielles et d’autres semblant réelles, en surimpression, presque en 3D. Le dominateur impose sa force aussi bien physiquement que par les mots. Coups de fouet, maltraitance avec une raquette de ping pong (sur le sexe, cela peut faire très très mal), plan odeur (le domi fait sniffer et met sur la tête d’un de ses soumis son jockstrap) , pinces…En plein univers mental dérangeant, on est au cœur du SM. Un soumis brun et un blond. Après avoir été maltraité sur une croix de Saint André, le brun est attaché, avec un plug dans la bouche,  et à l’ordre de mater son copain blond se faire abuser. Au blond de prendre son compte et d’être rabaissé par le domi lui lancant durement : « J’ai plus envie que tu me suces car tu ne le mérites pas ». Après lui avoir mis des pinces sur des couilles, il revient vers le beau brun pour lui uriner dessus avant de se faire faire une gâterie. La musique devient hardrock, les gémissements de plaisir et de douleurs se confondent de plus en plus alors que les « prisonniers » ne cessent de dirent machinalement, formatés : « Yes sir ! ». Bruit amplifié du vent et des claquements de fesses, le dominateur éjacule. Le spectateur, lui, se sent libéré. Une scène étouffante à souhait.

Après ce moment hard, Ron revient pour nous narrer l’histoire de deux garçons se purifiant dans une piscine. En même temps qu’il annonce le tableau à venir, il est visiblement en train de purger un jeune homme. Les deux garçons du nouveau tableau « se purifient des odeurs de sperme et de selles ». En fond numérique, le carrelage d’une grande piscine, les deux acteurs sont ,eux, dans une petite piscine gonflable, évoquant celles que beaucoup ont connu dans leur enfance. On revient d’ailleurs vraiment à quelque chose de plus pur. Les garçons se lavent avec un petit sceau en plastique, se font de délicates fellations. La scène joue de la promiscuité de l’espace. Après une sodomie qui conduit à l’extase, les deux amants se serrent dans les bras.

Dernière scène annoncée par Ron : une référence aux orgies romaines. Bruit d’une arène en délire, énième fond artificiel avec une énorme lune, des acteurs dans des costumes romains outranciers. Une orgie sur fond de musique dance, avec des paillettes et des grappes de raisin.

Pour clore ce spectacle des plus étranges, on retrouve Ron qui est à 4 pattes, faisant ressortir de son anus une sorte de fine chaîne qui semble infinie.

Le moins que l’on puisse dire est que HMCB est un film porno atypique. Ne provoquant pas nécessairement l’excitation, il invite toutefois à une expérience cinématographique au cœur des fantasmes et de l’imagerie gay. Non sans ironie, les rêves les plus sirupeux s’y opposent aux désirs les plus crus et les plus sombres. De la romance à la décadence, dans un univers mettant constamment mal à l’aise, le long-métrage bouscule et pousse assez loin le mauvais goût jusqu’à parvenir à transcender par surprise. Un voyage au cœur du rêve et des ténèbres à ne pas mettre entre toutes les mains, qui marque pour longtemps.

Disponible en DVD / En location à Paris chez Hors circuits

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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