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« I am Michael » : quand un ancien activiste gay devient pasteur

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C’est une histoire vraie qui a fait grand bruit dans les médias gays aux Etats-Unis et au-delà. Michael Glatze, activiste gay, a lutté pendant une grande partie de sa vie pour soutenir les jeunes LGBT dans leur acceptation. Conférencier, écrivain, responsable de magazines gays, il a été une voix importante. Après des années de militantisme et une vie de couple solide avec son compagnon Bennett, son existence a pris un tournant pour le moins inattendu quand il s’est laissé petit à petit happé par la religion.

Il y avait matière à donner lieu à un portrait captivant et ambivalent et c’est ce que réussit le réalisateur Justin Kelly (qui a aussi signé « King Cobra ») en faisant de James Franco un Michael Glatze des plus troublants. Sans trop juger son sujet, il en montre toute la complexité et la dualité.

Nous suivons dans un premier temps « la vie gay » de Michael. Il peut compter sur son compagnon Bennett : ils sont fusionnels, se soutiennent en permanence. Leur couple évolue quand suite à un plan avec un adorable minet, Tyler, ils décident de faire ménage à trois. Lors d’un reportage, Michael est particulièrement retourné par le témoignage d’un garçon qui dit réussir à être à la fois gay et croyant. En même temps que survient cette rencontre, il assiste à l’effondrement d’une jeune étudiante qui vient d’apprendre un décès. Cela réveille en lui des blessures jamais cicatrisées.

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Ayant perdu sa mère jeune, Michael Glatze s’est longtemps interrogé sur la vie après la mort. Un sujet qu’il a refoulé mais qui va ressurgir. Retrouver ceux qu’il a perdu, bénéficier d’une vie éternelle, aspirer au Paradis : des choses qui vont devenir primordiales pour lui. La mise en scène, subtile et anxiogène à la fois, restitue parfaitement l’état de doute et de panique du personnage principal. Michael est en quête perpétuelle de sens, d’une mission. C’est aussi clairement un homme qui aime prendre le pouvoir, l’ascendant, prêcher une parole. A travers ses discours aux autres, il se convainc lui-même.

Avant, il était un peu le gourou des jeunes LGBT. Il a changé de cause et est devenu un pasteur désireux « d’aider les jeunes gays à retrouver le droit chemin ». Si quand il s’adresse devant une assemblée ou communique au public Michael Glatze semble plein d’assurance, le film montre un homme qui est au contraire submergé par le doute dans l’intimité. Il se cherche d’ailleurs longuement passant des mormons à l’Eglise catholique après un détour par une retraite bouddhiste.

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Quand on commence ce long-métrage, on se dit qu’on aura du mal à croire au parcours si atypique de cet homme. Justin Kelly parvient à le matérialiser et c’est ce qui est ici bluffant et tétanisant. Si l’on ne valide pas l’itinéraire de Glatze, on comprend son cheminement, comment « il en est arrivé là ». En émane la peinture d’un aspirant leader, comme obsédé par l’envie de guider les autres, de prôner l’amour alors qu’il ne s’aime pas lui-même et ne sait pas au fond qui il est vraiment. Il cogite en permanence, tremble, panique, puis estompe tout une fois qu’il se retrouve devant un micro.

« I am Michael » se révèle enfin petit à petit être un film captivant sur la notion de Bien et de Mal. Il y a celle qu’ont les cathos qui s’appuient sur les interprétations de la Bible et les règles qui décrètent qui peut oui ou non accéder au Paradis et la vie éternelle. Et il y a celle des autres, qui prônent la tolérance, la poursuite de soi-même, la loi du coeur, l’affirmation de son identité peu importe qu’elle soit par les uns ou les autres jugée normale ou non.

Très bien écrit et incarné  (avec dans de beaux seconds rôles Zachary Quinto et Emma Roberts), ce film indéniablement malaisant est avant tout le portrait d’un homme obstiné qui avance aveuglément sans vouloir admettre qu’il peut blesser toute une communauté et lui-même au passage. Dur et puissant en même temps.

Produit en 2015 / Film visible sur Netflix France

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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