Indic (Menoboy / Ludovic Peltier, 2013) : des policiers gays qui ont le barreau

Gaspard 5 avril 2013 0
Indic (Menoboy / Ludovic Peltier, 2013) : des policiers gays qui ont le barreau

Après le bien fichu Incarcération, Ludovic Peltier revient avec un nouveau « blockbuster porno gay français » : Indic. L’occasion de passer de l’autre côté des barreaux et à l’évidence , quand il s’agit de sexe, nos amis policiers ne sont pas plus sages que des taulards.

Générique tout en fumée, musique cinématographique : on sent l’intention d’envoyer du lourd. Ludovic Peltier fait aujourd’hui partie des rares réalisateurs de porno gay français à tenter de sortir des sentiers battus, de proposer des films à la fois bandants et beaux à regarder. Indic sent l’amour du travail bien fait et impose une belle photographie. Et le casting est des plus alléchants…

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Le film s’ouvre sur l’inspecteur Matt Kennedy. Un de ses indics lui révèle l’adresse d’un mafieux qu’il poursuit depuis un bon moment. Matt demande des renforts que lui envoie son collègue (incarné par Jess Royan de Crunchboy). Les jeunes flics se préparent, leur tenue est d’emblée fétichisée : la caméra s’attarde sur les chaussures, les ceintures, les gants… Matt Kennedy, le beau minet Dylan et le trentenaire Fabien Dolko partent donc en mission, espérant arrêter le malfrat qu’ils pourchassent. Ils entrent dans l’appartement d’un jeune homme, Tim Loux, qui clame son innocence. Après avoir mis la main sur son portefeuille, l’inspecteur Kennedy est bien contraint d’admettre qu’il s’est planté. Il insiste tout de même pour que le jeune Tim passe faire une déposition au poste. Ce dernier propose aux deux flics qui l’ont mis à terre de profiter de ce malentendu, aguichant en particulier celui qui l’a immobilisé avec un sobre : « C’est ta matraque que je sens là ? ». Et c’est parti pour une scène brûlante dans l’intimité d’un petit appartement. Tim Loux fait des gâteries à genoux avant de se donner à Dylan. Il n’y a pas de musique en fond mais les acteurs font du bruit. Tim lâche ainsi un efficace : « Défonce-moi » histoire de booster celui qui s’occupe de lui. Le très mignon Dylan, avec sa petite casquette, confirme après Incarcération qu’il est définitivement l’une des valeurs sures de Menoboy. Les acteurs ont l’air de prendre leur pied, apparaissent complices (Dylan lance ainsi en souriant, alors que son camarade Fabien s’apprête à « entrer en piste » : « Fornicator ! »). Une première scène diablement efficace, qui n’en fait pas trop et qui sait tirer le meilleur d’un trio d’acteurs en forme.

Au poste, le commissaire Franco est en plein interrogatoire avec un jeune voyou. « Qui c’est qui l’a fourré en premier, toi ou ton pote ? ». Le jeune Pete Boule (sic) est accusé de viol et joue à la crapule, répondant avec nonchalance et crachant sur celui qui l’interroge. Enervé, Franco débranche la caméra de surveillance du bureau et décide de lui donner une correction toute particulière : il va le prendre à sec, contre son gré. La scène est plus érotique que porno, elle est brève et nous ne voyons rien d’explicite. Franco est interrompu par son supérieur qui regrette qu’il transforme en baise chaque garde à vue. Pendant ce temps, Matt exprime sa déception auprès de son indic, lui balançant : « T’as les yeux dans le cul ». On sent que les jeunes acteurs peinent un peu à donner du corps à leur texte, ils hésitent ou se reprennent parfois. Mais ils y mettent du cœur et ça passe.

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Nous retrouvons plus tard le beau barbu Franco, rentrant chez lui où son compagnon, Sunny Blue (personnellement, le modèle qui m’a le moins séduit), l’attend. Il se plaint de sa dure journée de travail, Sunny lui propose un moment de détente. Au cœur du salon d’un très joli appartement, les deux amoureux vont se donner un peu de plaisir. La partie de jambes en l’air est donc plus tendre, plus sensuelle, jusqu’à ce que l’excitation rende la partie un peu plus bestiale. Le bruit des corps qui se frottent au canapé, des claquements de fesses… Le travail sur le son est vraiment le point fort de cette nouvelle production. Chaque scène de sexe joue sur les bruits simples relatifs au sexe, qui sont ici accentués. L’absence de musique donne à l’ensemble une certaine sobriété, permet aux scènes d’être réalistes, d’avoir le côté excitant des vidéos volées, la technique soignée en plus. C’est peu dire qu’on se laisse emporter par les coups de reins du commissaire Franco…

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Le lendemain, au poste, débarque un petit nouveau : Kameron (l’irrésistible Kameron Frost qui fait ici ses débuts dans un film d’envergure après des scènes pour Crunchboy). Il est envoyé au vestiaire pour se changer. Il y croise l’inspecteur Matt Kennedy qui l’agresse légèrement, le prend de haut en lui faisant remarquer qu’il a oublié de prendre son pistolet avec lui. Kameron ne se laisse pas faire, se montre insolent. Matt aimerait prouver que c’est lui le patron mais c’est Kameron qui va s’imposer tout le long d’un duel torride. Au milieu des vestiaires, les deux jeunes hommes se chauffent, s’embrassent avec passion avant que Kameron n’impose sa domination. Agréable surprise que de découvrir que le joli Matt Kennedy, avec son air caillera et sa bouche tentatrice, est finalement passif. Le duo est explosif et la scène prend son temps. On a l’impression d’assister à cette étreinte fougueuse en temps réel. Pas de montage agressif, impression de grande fluidité. Un « film contemplatif du cul » en quelque sorte. Ca gicle : le beau Kameron a su imposer son style et s’intégrer à sa manière auprès de son supérieur, et nous on a un peu la tête qui tourne…

Après avoir gentiment « collaboré » avec les deux policiers introduits chez lui, nous retrouvons Tim Loux en pleine déposition. Alors qu’il est contraint d’avouer qu’il est escort boy et qu’il entretient avec le dangereux malfrat recherché une liaison, le jeune homme se voit proposer de devenir un indic’. Bien que perplexe, il finit, sous pression, par accepter.

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Quelque part en ville, le violeur Pete Boule salue ses deux amis voyous : Kareem et Kamzouze. Une fois seuls, ces deux derniers décident d’aller prendre du bon temps ensemble, le petit copain de Kareem étant absent. Ils vont chez ce dernier et commencent leur affaire. Mais l’amoureux de Kareem, Anis, débarque. Pas de scène de jalousie : le garçon est visiblement d’humeur partageuse. Un plan à trois se déploie alors, entre dirty talk et domination soft. Kamzouze se révèle être un parfait bottom docile au cœur d’une scène qui joue du fantasme wesh wesh (« Ouaaaaais vazyyy ! »).

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Pendant ce temps, un jeune homme dépose une plainte au poste. Le jeune Marshall Paxton raconte au brigadier Kameron Frost ses déboires : il est harcelé sexuellement par sa patronne. Face à cette plainte sortant de l’ordinaire, le joli Kameron n’arrive pas à s’empêcher de sourire. Dylan passe dans les parages et est à l’évidence très intéressé par cette déposition : il demande à son collègue de le laisser s’en occuper. Alors que le petit Marshall lui confie que ce harcèlement le gêne notamment car il « n’est pas de ce bord », Dylan saute sur l’occasion, lui avouant qu’il comprend pourquoi sa patronne lui fait des avances. « Vous êtes très sexe ». Marshall le touche en guise d’invitation et débute alors une chaude baise de bureau. Dylan , l’acteur, a pris un petit coup de vieux depuis son précédent film et il le porte très bien. Il est sans aucun doute l’acteur qui paraît le plus naturel dans son rôle. Et en jeune actif, d’une beauté simple, il se révèle parfaitement torride.

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Nous retrouvons le voyou Kareem, dans un endroit s’apparentant à une cave, en train de converser avec Pete Boule. Ce dernier lui raconte qu’il s’est fait prendre de force par le commissaire Franco et que sur la fin il y a plutôt pris du plaisir. Kareem lui propose de renouveler l’expérience. Fantasme du bad guy faussement hétéro se faisant sauter en mode plan cave : la scène, qui fait forcément songer à l’univers de Citébeur, est plutôt réussie.

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La scène suivante nous révèle l’identité du fameux mafieux que Matt Kennedy et sa bande recherchent désespérément. Le caïd rencontre Kareem pour lui exprimer ses réticences sur le jeune Tim Loux, qu’il suspecte à raison d’être un indic. Kareem accepte de lui amener la petite taupe histoire de lui donner une bonne leçon. Et Tim de se retrouver kidnappé, dans un camion. Kareem profite du pouvoir qui lui est alloué pour mettre un flingue sur la tempe de son otage histoire de le contraindre à lui faire une gâterie. Tim s’exécute sous la contrainte face à un hors la loi cagoulé et qui n’est pas avare quand il s’agit d’insultes. Un passage étourdissant, avec le bruit de la route, un côté « vidéo amateur» des plus stimulants. Tim aura pour ordre de se faire jouir, le pistolet de Kareem dans la bouche.

Finalement le jeune gigolo s’en sortira, secouru par les flics ayant retrouvé sa trace. Le film s’achève sur l’arrestation du mafieux, trahi par un indic insoupçonné …

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Avec Indic, Ludovic Peltier affirme sa mise en scène et travaille plus que jamais le son, faisant de son film une expérience totalement excitante. Le casting est à la hauteur (il y en a un peu pour tous les goûts : Franco le beau trentenaire barbu, les jeunes et jolis actifs Kameron et Dylan, le passif minet Tim Loux, le passif rebelle Matt Kennedy, le rebeu domi Kareem…) et chacun semble prendre beaucoup de plaisir. Si comme dans les films Cadinot, l’interprétation souffre de la comparaison avec des productions « tradis », on se laisse très facilement embarquer dans cet univers de flics et de voyous gays. Car côté atmosphère, Ludovic Peltier sait mener sa barque. Son long-métrage a retenu le meilleur de tout ce qui fait le succès du porno gay d’aujourd’hui : le côté réaliste, brut, des vidéos amateurs, des fantasmes de domination/soumission, des minets et des mecs virils…De quoi permettre à cet Indic d’être ni plus ni moins l’un des films les plus chauds et les plus formellement aboutis qu’on ait vu depuis un bon moment.

Disponible en VOD par abonnement

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