Rencontre – Yan Wagner : à la recherche de l’évidence pop

Gaspard 27 septembre 2012 7
Rencontre – Yan Wagner : à la recherche de l’évidence pop

Mois d’août, une fin d’après-midi, dans les locaux de l’agence IVOX à Paris. Je rencontre Yan Wagner. A quelques semaines de la sortie de son premier album, Forty eight hours, le garçon est détendu et souriant, se réjouit de quitter bientôt son travail alimentaire. Il va pouvoir se consacrer pleinement à sa musique, « quitte à se serrer la ceinture ». L’engouement grandissant de la presse et d’Internet à son égard l’étonne, il trouverait presque cela trop rapide, facile. Pas de mystère : si ses premiers morceaux et son précédent EP annonçaient une révélation, celle-ci est plus que confirmée à l’issue de l’écoute d’un premier opus dansant et transcendant. Nous avons une bonne demi-heure pour discuter, le temps de se griller quelques cigarettes.

A la première écoute, Forty Eight Hours se révèle être un album physique, que l’on ressent comme une intense soirée en boîte de nuit. Une véritable montée en puissance. Le passage de l’introduction au titre On her knees annonce la couleur : on se laisse envelopper, on est dans un doux rêve et soudain l’envie de nous déhancher furieusement nous envahit, comme une question de vie ou de mort. Plaisir instantané. « Avec Arnaud Rebotini (son producteur) , on avait envie d’une introduction à la Tangerine Dream. Pour l’album dans sa globalité, je n’avais pas de concept prédéfini. C’est mon premier et les morceaux ont été composés sur une durée d’environ trois ans. L’enjeu était d’être cohérent. Au début de la production, j’avais 16 ou 17 morceaux et on a fait des choix, retravaillé des sons avec tout le savoir-faire d’Arnaud. Les deux premières semaines d’enregistrement n’ont pas été forcément évidentes : j’ai eu du mal à me détacher de certains titres, je me sentais dépossédé. Au bout de deux semaines, à force de dialogue, on a fini par trouver la bonne direction et dès lors tout s’est fait naturellement. Le résultat est finalement assez brut, ce qui me correspond bien. On a réussi à éviter un côté maniéré ,trop léché ».

Aux mélodies aussi ténébreuses qu’accrocheuses se mêle une voix grave et envoûtante, quelque part entre Ian Curtis et John Maus. Une voix que le jeune artiste apprend à travailler, dompter comme un outil, afin de s’en servir à bon escient sur scène.

Avant de s’atteler à son EP puis à son album, Yan officiait comme DJ dans des clubs (et il compte poursuivre cette activité, qui lui procure « un plaisir différent, plus en retrait »). La techno est à l’origine de son amour pour la musique. Prenant un plaisir grandissant à chanter, il s’est rapidement orienté , pour ses propres compositions, vers des chansons. Les paroles restaient à écrire : « Je ne me considère pas comme un auteur. En général, je porte plus d’importance à la musique qu’aux paroles. Celles de l’album se sont toutefois imposées, de façon assez spontanée. Il y est question du temps, de l’enfance… J’ai travaillé plusieurs années sur une thése (« Constructions et représentations d’un loisir de masse : les discothèques de Paris, New York, et Londres de la fin des années 1940 a la fin des années 1980 »). La ville, la fête, ont sans doute eu une influence sur ce que j’écrivais. En fait, l’ écriture n’était pas une étape que j’appréhendais. Le seul titre qui me faisait un peu peur était The only one car je n’avais pas l’habitude d’écrire en français et que c’était un duo avec Etienne Daho. On l’a finalement écrit à deux. Ca s’est fait très simplement, c’est un mec vraiment adorable, il s’est beaucoup investi ».

yan wagner musique

Forty Eight Hours pose d’emblée un univers fort, décuplé à la vision du premier clip du single éponyme. Les images ont aussi leur importance : « Je pense qu’aujourd’hui il est nécessaire d’accompagner les morceaux par des vidéos. Pour mes clips, j’ai envie de travailler avec des gens qui sont proches de moi. Ce n’était pas forcément le cas pour la vidéo du single Forty Eight Hours, même si je suis très content du résultat. Pour ceux à venir, j’aimerais bien, tout en gardant une certaine cohérence, aller un peu plus vers quelque chose de drôle, moins sérieux. Je travaille aussi avec Marie Athénaïs (qui a réalisé l’artwork de son album) sur une projection vidéo pour les concerts ». Des concerts qui visuellement devraient prendre de plus en plus d’ampleur puisque si jusqu’à présent il se produisait seul « avec ses machines », Yan sera entouré, notamment pour sa date au Festival des Inrocks (date parisienne le 11 novembre 2012), de deux autres musiciens.

Et composer pour les images, le cinéma ? : « C’est un grand fantasme. J’adorerais composer pour des films, de fiction comme des documentaires, trouver des climats… ». Et de lancer en plaisantant : « Récemment, quelqu’un qui écoutait l’une de mes dernières compositions m’a dit que cela ressemblait un peu à la musique d’un film porno-cosmique ».

Si Yan sera de plus en plus entouré sur scène, Forty Eight Hours marque l’aboutissement d’un projet solo dont il rêvait depuis longtemps. Membre du groupe Flying Turns, ayant composé à deux par le passé pour la formation Chairs on back, il a pris un plaisir fou à créer seul chez lui, laissant libre cours à toutes ses envies. Ou le luxe de ne pas devoir faire de compromis : « J’ai composé l’album seul, chez moi. Je cherchais à travers la pop une simplicité, une évidence.». A l’écoute de Forty Eight Hours, l’évidence est là : un grand premier disque, véritable événement de la rentrée musicale 2012. 

Date de sortie de l’album Forty Eight Hours : 1er octobre 2012

7 Comments »

  1. ASBAF 5 octobre 2012 at 12:11 -

    Putain la ssecla d’interviewer Wagner. Mes respects.

    • Gaspard Granaud 5 octobre 2012 at 2:19 -

      :) Je ne prends pratiquement jamais le temps de faire des interviews mais là quand ça s’est présenté… Son album tue. J’espère vraiment que ça va marcher pour lui. Une chance de te voir au Festival des Inrocks à Paris pour son concert ? :)

  2. ASBAF 29 novembre 2012 at 4:32 -

    Désolé, je réponds que maintenant. Ouais non, j’évite de trainer trop près de lecteurs des Inrocks, j’ai peur de perdre le bon goût. Mais à l’occaz d’une prochaine soirée ASBAF sur Paris, je t’enverrai une invit’ si tu veux.
    Sinon, je sais pas si t’as vu mais Yan Wagner a designé une superbe chemise pour Kulte, ce mec sait décidément tout faire.

    • Gaspard Granaud 30 novembre 2012 at 4:08 -

      Et hop la pique pour les Inrocks :) J’avoue que je lis de moins en moins le magazine (la nouvelle version plus info me gave mais alors…), mais il a encore le mérite de parler de temps en temps de films et de groupes qui sans ça seraient absents de la presse écrite, on ne peut pas lui enlever ça non ?
      Oh ouiii avec grand plaisir une soirée avec les gens d’ASBAF !! Je veux en être si vous faites ça à Paris, ça fait super longtemps que l’on ne s’est pas croisés en plus. Pour la chemise Kulte, oui j’ai vu (d’ailleurs le mini carré à droite du blog avec la photo de lui est tirée du visuel de la pub). Si j’étais pas si fauché je la porterais déjà ^^

  3. ASBAF 5 décembre 2012 at 1:05 -

    Il y a Technikart pour souligner les bons groupes. En plus, ça te reviendra moins cher, 4€95 par mois. L’alliance du bon goût et de l’économie.
    Je te tiendrai au courant alors : je sais pas quand on fera ça mais tu finiras bourré, c’est la seule certitude que je peux t’apporter. Sûrement début 2013.
    Ouais j’avais pisté le visuel de la pub, moi comme je suis pas fauché, je l’ai cette chemise.

    • Gaspard Granaud 5 décembre 2012 at 2:38 -

      Jalousie pour la chemise… Ca fait un bail que je n’ai pas acheté Technikart, vais tenter de m’y remettre… (pour moi la référence reste MAGIC RPM, chaque mois ils trouvent de très belles choses). Attention, tu mets la barre haute pour la soirée :)

  4. ASBAF 6 décembre 2012 at 12:49 -

    Mouais, magic ça passe même s’ils parlent des albums chroniqués sur pitchfork le mois précédent.
    Mets des thunes de côté pour la soirée, on tire aléatoirement au sort celui qui paye la tournée de tout le monde.

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