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Jamie Marks is dead, critique du film de Carter Smith (2014)

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Critique du film « Jamie Marks is dead » réalisé par Carter Smith. Produit en 2014. Disponible en VOD sur Universciné.

Une petite ville des Etats-Unis. Le jeune Jamie Marks (Noah Silver) est régulièrement humilié, chahuté et violenté par ses camarades du lycée. On le suspecte d’être gay. Adam Mc Cormick (Cameron Monaghan), un garçon de son âge, est le spectateur de ces brimades et n’ose pas s’y opposer. Mais voilà qu’un jour, une fille de l’école, Gracie (Morgan Saylor) retrouve Jamie allongé sur un terrain vague, mort. La piste d’un assassinat est évoquée. Cette disparition tragique ne manque pas de chambouler Adam qui traverse, qui plus est, une période de crise alors que sa mère (Liv Tyler) est victime d’un accident et privée de l’usage de ses deux jambes. Fortement ébranlé, Adam ne trouve de réconfort qu’auprès de Gracie dont il se rapproche furtivement. Cette dernière semble toutefois lui cacher quelque chose, qu’il ne tarde pas à découvrir : le fantôme de Jamie Marks la hante et il apparait fréquemment dans son jardin. Passé le choc, Adam se laisse à son tour hanter par Jamie qui dit attendre quelque chose de lui sans vouloir lui expliquer de quoi il en retourne exactement. Les jours qui suivent, les deux garçons apprennent à se connaître. Troublé, Adam se perd petit à petit entre le monde des vivants et celui des morts, entre culpabilité et soif de vivre, au milieu d’une identité sexuelle plus floue qu’elle n’y paraît…

jamie marks is dead

Sorti en catimini en France en VOD, Jamie Marks is dead est pourtant un film qui mérite le coup d’oeil. Le réalisateur Carter Smith impose dès ses premières scènes une atmosphère lourde de mélancolie. Un jeune ado gay victime d’homophobie et retrouvé mort, une bourgade qui cherche à éviter le sujet. L’intrigue prend un tournant pour le moins inattendu alors que Adam, dont on devine qu’il culpabilise de ne pas être venu en aide à son camarade désormais disparu, se retrouve en communication avec le fantôme de la victime. C’est la première grande réussite du film qui mêle réel et surnaturel avec brio et une vraie poésie. Le jeu d’acteurs est assez sublime, la mise en scène ensorcelante et troublante, pudique et apte à faire ressentir le spleen adolescent qui habite les différents protagonistes.

Ce n’est pas un long-métrage facile dans le sens où il sonde des émotions et sensations souterraines, souvent douloureuses. Qui plus est, Carter Smith joue de la lenteur, de l’étrangeté et de l’abstraction. Par moments, on ne sait plus bien où l’on est, les personnages s’expriment à demi-mots, les enjeux se laissent deviner. Et c’est ce qui fait toute la beauté de l’ensemble qui résonne comme un poème funeste. Jamie Marks is dead a ce je ne sais quoi de magnétique, ce parfum d’adolescence entre nostalgie, soif de vivre et désespoir. Le personnage d’Adam est un délicieux mystère qui restera comme tel jusqu’à la fin : jamais le réalisateur ne tranche vraiment à son sujet et sur le lien aussi ambigu qu’intense qui le lie à Jamie, « son ami imaginaire ». Une curiosité qui laisse une vraie trace et émeut.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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