Films LGBT

« King Cobra », critique du film de Justin Kelly (2016)

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Critique du film « King Cobra » réalisé par Justin Kelly. Produit en 2016. Présenté au Festival Chéries Chéris 2016. 

Sean (Garrett Clayton) s’échappe de chez sa mère, prétextant aller faire un stage dans l’industrie du cinéma. En réalité, il s’apprête à tourner son premier solo dans un porno gay pour Stephen (Christian Slater), producteur du label Cobra Video. Le nom de scène est choisi : ce sera Brent Corrigan. Et dès la première scène, le réalisateur / producteur est épaté par ce minet qui donne tout à la caméra.

Sean ne devait faire qu’un aller-retour express, il finit par s’installer dans la maison de Stephen et commence à enchaîner les scènes. Le succès est au rendez-vous, Brent Corrigan devient une marque, une porn star qui fait la une des sites spécialisés. Il accumule les partenaires. Mais alors que les mois défilent, sa relation avec Stephen se dégrade. Le pygmalion est tombé sous le charme de sa muse et abuse de sa position. Quand il découvre qu’il n’est payé que 1000 dollars par vidéo alors que ses films rapportent des sommes astronomiques, Sean décide de se rebeller. Début d’une discorde avec son « bienfaiteur » qui va donner lieu à une série de règlements de comptes de plus en plus dangereux…

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Biopic controversé sur le minet ultime du porno gay Brent Corrigan (ce dernier a déclaré que le film n’était pas fidèle à la réalité et opérait beaucoup de trop de raccourcis), « King Cobra » suit l’ascension et la descente aux enfers d’un jeune modèle de porno gay et du producteur qui a fait de lui une star. Justin Kelly adapte avec beaucoup de peps cette histoire incroyable qui a fini par sombrer dans le glauque le plus total. La collaboration fructueuse entre Cobra Video et Corrigan est arrivée à ses limites quand le modèle a découvert qu’il se faisait amplement arnaquer par le producteur. Résultat : un bras de fer entre les deux hommes, le producteur empêchant Sean d’utiliser le pseudonyme qui fit de lui une star (et lui fermant ainsi toute possibilité de poursuivre sa carrière confortablement, aucun label ne lui proposant de gros contrat s’il ne peut utiliser son nom de scène archi recherché sur Google) et le boy next door lui tirant dans les pattes de façon inattendue en dévoilant aux autorités qu’il avait tourné pour le pornographe alors qu’il était encore mineur (Sean / Brent avait trafiqué sa carte d’identité au moment du premier tournage).

Si l’on peut regretter que ce long-métrage nous livre sur un plateau d’argent tous les clichés habituels sur le porno gay (il manque clairement de la nuance – même si on reconnaît bien que tout n’est pas rose dans ce milieu, ici le trait est vraiment forcé et le réalisateur est visiblement très attiré par la face obscure du business), « King Cobra » n’en constitue pas moins un très bon divertissement entre comédie noire et thriller sexy.

D’un côté, la relation d’amour-haine entre Sean et Stephen. De l’autre, la relation très ombrageuse et borderline entre Joe (James Franco) et Harlow (Keegan Allen). Ce duo meurtrier donne au long-métrage ses passages les plus troublants : une liaison toxique au sein de laquelle Joe, manipulateur et possessif, pousse son compagnon (ancien enfant abusé) à la prostitution avant de vouloir en faire une star du x. Prêts à tout pour gagner de l’argent, les garçons fêlés vont aller loin, beaucoup trop loin. James Franco et Keegan Allen forment un duo de choc, complètement barré, qui provoque rire jaune et effroi.

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Porté par un montage nerveux et une mise en scène élégante, « King Cobra » avance à toute allure et distille un parfum de malaise alors que les corps parfaits se laissent peu à peu souiller. Le désir et l’argent font tourner toutes les têtes jusqu’à l’irréparable. Brent Corrigan y est montré comme un garçon tour à tour naïf, manipulateur et opportuniste. Le regard que pose Justin Kelly sur lui oscille entre bienveillance et critique. D’abord présenté comme une victime, une proie, le jeune minet superstar finit par devenir une sorte de bourreau à son tour, final cinglant à la clé. Si les libertés prises avec le fait divers original pourront faire grincer des dents, le film fait sacrément bien le job avec son casting au top et son rythme effréné.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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