Films LGBT

Liebmann, critique du film de Jules Hermann (2016)

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Critique du film « Liebmann » de Jules Hermann. Présenté au Festival Teddy Award in Paris. 

Antek Liebmann (Godehard Giese) fuit l’Allemagne suite à un mystérieux incident qui le dévaste. Il s’installe dans une maison du Nord de la France où il espère faire le point seul, se couper du monde et idéalement prendre un nouveau départ. Mais c’était sans compter sur les habitants de la petite bourgade où il prend ses quartiers. Sa gentille voisine Geneviève (Adeline Moreau) le colle, un jeune et joli barbu (Fabien Ara) vient titiller son désir… Si petit à petit s’opère un retour à la normale le temps de journées ensoleillées, quand surgit la nuit Antek est rongé par l’insomnie et la panique. Il accumule alors les déambulations dans les bois, théâtre macabre où ont lieu depuis quelques temps d’inquiétants assassinats… 

Dès son introduction énigmatique mettant en scène un paon, la jeune réalisatrice Jules Hermann se plait à brouiller les pistes, à casser la sacrosainte linéarité de la fiction. Liebmann est un film à l’image de son personnage principal : tiraillé entre la lumière et l’obscurité, vaguement schyzo, entre moments de vie, douces hallucinations possiblement prémonitoires et cauchemar éveillé. Le spectateur est invité à s’abandonner, à se laisser aller, suivant Antek dans sa quête du retour à la normale parsemée de joies et de violentes angoisses.

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Si à l’évidence le long-métrage a été réalisé avec peu de moyens (il serait le fruit d’un travail en résidence), il ne manque ni de charme, ni de folie, ni d’élégance. On pourrait reprocher à Jules Hermann de ne pas nous faciliter la tâche, de céder parfois trop aux digressions et aux artifices, mais ce qui peut s’apparenter à des fausses notes ou maladresses contribue à donner à l’ensemble un côté foutraque, une bizarrerie qui finalement apportent un certain cachet. Le moins que l’on puisse dire est que Liebmann ne ressemble qu’à lui-même, ce qui est assurément une qualité dans un paysage cinématographique où trop souvent le formatage fait office de norme. En creux, cette oeuvre qui brandit fièrement son goût de l’expérimental dessine les contours d’un homme affrontant un terrible traumatisme et qui bataille contre les autres et lui-même pour retrouver sa place.

Telle une jolie promesse de futures oeuvres à venir, Liebmann attise la curiosité et n’a pas peur de prendre le risque de trancher, de se couper d’une partie du public. Un pari risqué qui outre un humour délicieusement surréaliste peut compter sur une troupe de comédiens qui incarnent tous à merveille la dualité, ce mélange de tendresse et d’agressivité passive, d’envie d’aller vers l’autre et de peur de la solitude.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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