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Lifeboat (Alfred Hitchcock, 1956) : survie en huis clos

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En pleine guerre, un navire américain est coulé par un sous-marin allemand. Plusieurs rescapés se réfugient sur un modeste radeau. Parmi eux, la cinglante artiste Connie Porter (Tallulah Bankhead), le caractériel et tatoué John Kovac (John Hodiak), une mère et son bébé…Les survivants font monter sur leur radeau un certain Willy (Walter Slezak) qui n’est autre qu’un allemand. La majorités des « passagers » étant plutôt humanistes, on accepte de le sauver, de lui faire confiance. Mais peut-on vraiment se fier à cet ennemi ? L’objectif du groupe est d’être sauvé. Mais personne n’a de boussole pour savoir quelle direction prendre afin d’ atteindre les Bermudes où se trouvent des secours. Willy propose son aide…Au fil du voyage, des affinités vont se créer mais aussi des tensions. Un périple entre humanisme et cruauté.

Lifeboat fait partie des films d’Hitchock relativement peu connus du grand public. C’est donc une belle curiosité surtout que le film opte pour le parti pris du huis clos. Le scénario est une adaptation de l’œuvre de John Steinbeck et révèle ce qu’il faut de dialogues savoureux et de répliques qui tuent. C’est aussi l’occasion pour le cinéaste de se confronter à la contrainte d’un espace réduit. Une formidable opportunité pour développer des personnages dans lesquels chacun se retrouvera. Si la solidarité est de mise, chacun a tout de même du mal à penser en groupe, à s’accorder. Les rivalités pour le pouvoir se développent, la suspicion aussi.

Dès le départ, émerge du lot le personnage de  Connie Porter, campée façon drama queen par Tallulah Bankhead (je vous invite à lire un billet à son sujet sur le blog du réalisateur Pascal Alex Vincent, ça vaut le détour !). Un personnage d’artiste embourgeoisée, qui ne se remet jamais en question et joue les divas cinglantes. Outre le thème de la survie, de la promiscuité, Hitchcock traite encore du vice présent en chacun de nous. On se méfie de chacun, chaque différence entraine la suspicion. Tout le monde n’en sortira pas indemne, certains y laisseront même leur vie. Alors que l’on croit être vers la fin de notre vie, que l’espoir disparaît, on a pourtant plus tendance à ouvrir notre cœur, à aller vers les autres, s’attacher. A la méfiance s’oppose ainsi des sursauts d’ envie de faire confiance, de s’abandonner. Comme une sorte de réflexe naturel…qui disparaitra aussitôt qu’une chance de s’en sortir pointera le bout de son nez (alors que des secours potentiels arrivent, chacun retrouve son égoïsme, ses petites préoccupations futiles).

Sans être une énorme leçon de cinéma ou un chef d’œuvre total, Lifeboat est un exercice de style parfaitement orchestré et bénéficiant d’un casting irréprochable. Entre humour et tension, on ne regrette pas d’être monté à bord.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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