Films LGBT

Little Gay Boy, chrisT is dead (Antony Hickling & Amaury Grisel, 2012) : crucifié

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J-C, jeune minet, ère dans Paris et enchaîne les rencontres. Agressé dans le métro, contraint de se dénuder lors d’un shooting photo, humilié par un homme chez qui il fait le ménage, soumis jusqu’aux larmes chez un dominateur vicieux : ce garçon au visage d’ange a en apparence tout d’un martyr. Mais est-il vraiment victime des autres ? Suite à l’agression du métro, J-C tente de cacher une érection grandissante. Se retrouvant ,gêné, à la merci d’un photographe pervers, il accepte de le revoir pour une autre séance dans un énigmatique donjon. Poussé dans ses retranchements par un dominateur, il obéit comme un esclave. Et de son plein gré, on le retrouvera plus tard déambulant dans un sex club avant de finir sur un sling, offert à des mâles en cuir. J-C ne serait-il pas son propre bourreau, se livrant à des expériences de plus en plus extrêmes, se laissant dériver dans une danse des corps qui finit par flirter avec le morbide ?

Le film, deuxième volet du triptyque d’Antony Hickling (après L’annonciation or the conception of a Little Gay Boy) laisse le spectateur libre de se perdre face à des images tour à tour fascinantes, troublantes ou profondément dérangeantes. Nous sommes bien là devant une expérience, qui retourne la tête et fait frémir le corps. Cinéma inspiré et physique. Le caractère biblique, déjà présent dans le précédent court de l’auteur, est ici encore plus provocant. Ce J-C moderne va vers les hommes, s’offre à eux jusqu’au dernier vertige, jusqu’à en avoir littéralement le souffle coupé. Les scènes, elles, sont entrecoupées de plans montrant furtivement des actes masochistes ou dévoilant un performer tournant jusqu’à la déraison, le corps orné de plus en plus de sang. Le sang lié au sexe, le traumatisme du Sida qui continue de faire des ravages (les initiales du titre du film indiquent : LGBT is dead). Le sexe sans capote, bareback, malgré le danger qu’il représente, continue d’avoir ses adeptes, notamment chez les jeunes, qui y trouvent l’ivresse du risque, le moyen de flirter, danser avec la mort. J-C est-il déjà contaminé ? Se repasse-t-il le temps d’un douloureux cauchemar l’histoire de sa perte ?

Le montage est étourdissant, les couleurs plutôt gaies, les apparences forcément trompeuses. Sous ses airs de garçon sage, le jeune héros du film cache un corps qui brûle. Le quotidien laisse place à des passages SM pour le moins extraordinaires, chaque scène surprend, le doute persiste. On est perdus. S’il secoue profondément, Little Gay Boy chrisT is dead ne cède jamais à la facilité. Il suffit d’un plan furtif, d’une image, pour que le duo de réalisateurs nous marque au fer rouge. Ou l’art de rendre tout tendancieux, tout sujet à interprétation, de faire tourner à plein régime la machine à fantasmes et angoisses.

Dans le rôle principal, Gaëtan Vettier est assez ambigu pour laisser le parfum de mystère se propager jusqu’à l’obsession. Il se laisse dévorer peu à peu par des seconds rôles aux apparitions aussi brèves qu’intenses. Porté par une audace peu commune, ce court-métrage, qui ne manquera pas de choquer les âmes sensibles, a l’énergie et la grâce des films qui ne se refusent rien, de ceux qui avancent sans avoir peur de l’obscurité. Fort.

Court-métrage vu au Festival Chéries Chéris 2012

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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