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Lone, Ecstasy and friends : électrochoc

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Tout a commencé cette année avec la découverte de l’EP Cluster Dreams. En quelques titres, j’ai eu un énorme coup de foudre pour l’univers de Lone. Avec lui, la musique électronique prend des dimensions inespérées et je pense sincèrement qu’aucun artiste électro ne m’a jamais autant touché. Après Cluster Dreams, je m’étais rué sur le premier album de Lone, Lemurian. Une énorme découverte, l’album a tourné en boucle chez moi jusqu’à l’obsession. Et voilà qu’en cette fin d’année parait à la surprise générale son deuxième album Ecstasy and Friends. La façon dont le disque a été lancé en dit déjà long sur l’artiste. Alors qu’il était attendu depuis des mois par les fans sur Internet, Lone annonce la sortie de Ecstasy and friends de façon super discrète sur son Myspace. Le gaillard semble s’en foutre royalement de la promo, il est déjà ailleurs, en train de préparer de nouveaux morceaux.

Il me semble important de chroniquer ce disque unique, Lone étant un artiste encore assez méconnu en France. Et c’est bien dommage. Car Lemurian fait partie des disques qui ont changé mon point de vue sur la musique électro. Si par le passé j’avais adoré de nombreux disques à sonorités electro, beaucoup d’opus trip-hop, jamais un opus d’ « electro abstraite », presque intégralement instrumental, n’avait généré chez moi d’aussi vives émotions. C’est peu dire que je portais d’énormes espoirs en Ecstasy and Friends. Et je n’ai pas du tout été décu.

Plusieurs grands titres à défendre et à écouter en priorité :

Sungrazer Cascade : un morceau qui donne une envie furieuse de danser, un énorme trip. Le son fait penser à des electrochocs, on est à la fois dans les vapes et en même temps pris d’un désir de jouir de la vie comme jamais. Une voix féminine chuchote des messages presque incompréhensibles. Le son se répète. Lone adore jouer avec la répétition, c’est un compositeur obsessionnel. Ses samples se répètent inlassablement mais sans jamais générer le moindre ennui. Ils ont ça de magique : on pourrait les écouter toute la vie, ils s’intègrent dans nos oreilles avec un naturel bluffant. Comme une évidence.

Arcade : un sample qui se répète à l’infini pour être de temps à autres bousculé. Un son très vidéoludique, un peu disco, un mélange habile de sonorités rétros et de musiques très urbaines, contemporaines. Une synthèse des genres habile et décomplexée.

Waves Imagination : titre casse-gueule par excellence. Petite touche soul, un chanteur qui fait des « héyeah hé » . Ca pourrait être une balade soporifique, une guimauve, mais les vagues imaginaires de Lone transforme ça en un moment de pop hallucinant. A la brutalité des vagues s’oppose une douceur terriblement romantique qui nous fait quitter la terre ferme. La fin du morceau laisse sans voix, comme un concentré du Daydream in Blue de I monster. On reste songeur.

Endlessly : encore un morceau obsessionnel. Mélancolique à souhait, Endlessly est comme un poème d’enfant. Des bases élémentaires, un côté minimaliste ponctué de sons d’oiseaux, de femmes chuchotant des trucs. Lone est un romantique, on a l’impression qu’il compose ses titres pour une fille. On retrouve fréquemment dans sa musique les bruits de la mer et les bruits des femmes. Une envie de grand air, une bouteille à la mer pour un idéal ? Encore une fois je décolle à 200%.

Love Heads : un son vidéoludique qui bizarrement nous berce plus qu’il ne nous donne envie de bouger. Et au milieu, rupture : quand j’ai écouté ce morceau au casque j’ai vraiment eu un orgasme. Ca ne s’explique pas : c’est la grâce, cette musique transperce, fait voyager comme nulle autre, développe notre imaginaire et nous laisse K.O. avec les oreilles sous le choc et les yeux humides.

Les disques instrumentaux à susciter des émotions aussi fortes sont très rares. Et à la fin de l’écoute de Ecstasy and Friends, j’ai juste eu envie de hurler que Lone était un génie, que je l’aimais, car il m’a foutu une énorme claque, car il m’a apporté un plaisir rare et précieux. Alors oui je sais que vu que ses chansons sont super abstraites, volontairement brouillonnes (seulement en apparence car on réalise progressivement à quel point tout est extrêmement maitrisé, tout ça pour construire un énorme labyrinthe où chacun se perd, rêve et frissonne), que ca n’est pas forcément très accessible. Mais autant de grâce, un style tellement personnel, ca ne coure pas les rues et ca mérite d’être amplement salué. Un voyage musical inoubliable, bouleversant, furieux. Une drogue. Vous êtes invités à tenter le coup…

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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