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Maison de poupée (Joseph Losey, 1973) : vers l’indépendance

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XIXème siècle, Nora (Jane Fonda) est une jeune femme belle et pleine de vie. Elle va épouser Torvald Helmer (David Warner), un homme modeste. Pendant ce temps, sa meilleure amie Kristine (Delphine Seyrig) peine à joindre les deux bouts et refuse de se marier avec un homme qu’elle affectionne pourtant , Nils Krogstad (Edward Fox), car il n’a pas assez d’argent. Le temps passe et les problèmes surviennent pour Nora : son mari est malade, pour guérir il faut qu’il quitte la Norvège et aille au soleil. Pour permettre à son époux d’aller en Italie, elle va emprunter de l’argent et falsifier la signature de son père fraichement décédé. L’affaire marchera et Torvald guérira. Dix ans plus tard, Nora et Torvald forment un couple parfait aux yeux de tous. L’homme va devenir le directeur d’une banque et va enfin pouvoir traiter sa femme comme une princesse. Nora aimerait plutôt s’occuper, faire des choses, qu’on la considère comme un être intelligent. Mais bien qu’affectueux, son mari ne cesse de la traiter comme une enfant. Alors qu’après une longue absence Kristine revient, Nora lui avoue l’acte illégal qu’elle a du commettre pour sauver la vie de son homme. Cet aveu ne tombe pas de nulle part : depuis quelques temps, un homme lui fait du chantage, menaçant de révéler à Torvald et à la société son méfait. Bien qu’elle ait agi pour le bien de son époux, Nora ruinerait sa réputation, son honneur. Car une femme n’a aucun droit à cette époque, car une femme est ignorée des lois, rabaissée…

Adaptation de la célèbre pièce d’Henrik IbsenMaison de poupée compte parmi les films les plus classiques de Joseph Losey. Si on ne peut renier une mise en scène assez virtuose, un soin tout particulier apporté aux décors (celui de la maison en particulier, imposante, étouffante) , on pourrait presque regretter que le réalisateur n’ait pas davantage apporté sa pâte personnelle. Il respecte la pièce, les acteurs livrent des performances de grande qualité mais toujours un peu théâtrales.

Si on devait retenir un lien entre l’œuvre globale de Losey et ce film adapté, ce serait le jeu des statuts sociaux. Comme souvent dans les productions du cinéaste, les rôles peuvent s’inverser à tout moment. Hier si pauvre, Kristine peut soudainement trouver un emploi. Hier si inutile, Nils Krogstad peut se muer en maitre chanteur et détruire des vies. Auparavant si docile, Nora pourrait bien aussi prendre sa vie en main et combattre les conventions…Il y a aussi tout le thème de la vérité (en général mais aussi « sa vérité ») et du mensonge. Les choses qu’on cache aux autres et qu’on se cache à soi-même.

Le succès de la pièce d’Ibsen (adaptée plusieurs fois au cinéma) tient beaucoup dans sa dernière partie (qui fut censurée pendant des années), féministe, durant laquelle Nora prend conscience qu’elle n’a été qu’une poupée toute sa vie et que son mari n’a jamais eu de conversations sérieuses avec elle. Alors que la vérité sur ses actes est révélée, que le maitre chanteur cesse la persécution, que son mari lui « pardonne » (un pardon assez abject car il aura fallu qu’il apprenne que les actes de sa femme n’auraient pas d’incidences sur sa propre vie pour qu’il cherche à la comprendre), Nora préfèrera délaisser sa famille entière (enfants compris) pour devenir une femme instruite, pour découvrir le monde et évoluer. Le propos touche encore aujourd’hui.

A défaut d’être une adaptation novatrice ou inspirée, Maison de poupée par Joseph Losey restitue bien l’essence de la pièce et apparaît comme un film classique élégant et habité par des comédiens irréprochables. Nul doute qu’il comblera les amateurs de l’œuvre d’Ibsen et qu’il incitera ceux qui ne la connaissaient pas à s’y pencher.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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