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New York City Inferno (Marvin Merkins / Jacques Scandelari, 1978) : l’amour et la fureur des 70’s

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1977 à Paris. Jérôme reçoit des lettres de Paul, son compagnon, parti découvrir New York où l’homosexualité se vit définitivement plus librement. Problème : à force d’arpenter le quartier gay de la grosse pomme, Paul n’a plus aucune envie de retourner dans la capitale de France et décide de rompre pour jouir d’une sexualité sans limite. Quelques mois plus tard, curieux de découvrir ce que la ville a de si particulier, Jérôme décide d’aller y faire un tour et d’en profiter pour éventuellement reconquérir celui qu’il n’a visiblement pas cessé d’aimer…A peine arrivé, notre homme découvre des lieux surprenants où le sexe est au centre des préoccupations. On se drague dans la rue, on se suce au milieu de ruines, on fornique dans les toilettes publiques ou dans des immeubles abandonnés : tout est possible et permis !

Entre deux baises avec de parfaits inconnus, Jérôme croise le chemin d’un étrange voyant (qui lit l’avenir dans les lignes de la main…mais aussi avec du sperme). Ce dernier l’aide à retrouver la trace de Paul qui est devenu un esclave sexuel. Si Jérôme veut le récupérer, il va devoir se rendre dans le nouveau club SM de la ville et tenter de devenir « le maître de son maître ». Téméraire, le français moustachu ne va pas hésiter à plonger dans ces bas-fonds où les clients se livrent aux pratiques sexuelles les plus hard…

Réalisé par Jacques Scandelari (sous le faux nom de Marvin Merkins), New York City Inferno est un porno gay culte qui aurait notamment inspiré William Friedkin pour son sulfureux film Cruising. Mais ne nous méprenons pas, ce long-métrage est avant tout un film d’amour doublé d’un documentaire sur la sexualité gay à New York dans les seventies, avant que ne débarque le Sida et que la fête soit finie. Nous sommes là devant une véritable œuvre de cinéma, esthétiquement forte, nous donnant la sensation de bénéficier d’une machine à remonter dans le temps. En effet, la mise en scène permet au spectateur une immersion totale dans cette ville de tous les plaisirs où la fumée enchanteresse des rues laisse rapidement la place à des étreintes particulièrement torrides.

A peine arrivé, Jérôme se retrouve à baiser avec son chauffeur de taxi dans un étrange décor s’apparentant à une chambre froide. Ils s’emboitent entre deux gros bouts de viande. Le ton est donné : il sera ici plus que jamais question de chair. Les aventures sexuelles se suivent sans jamais lasser tandis que les rapports dominants-dominés semblent inévitables durant les fugaces étreintes.  Dans un bon esprit, très ouvert, chacun oublie sa petite vie, la morale ou les convenances le temps d’une course effrénée à la jouissance où tout n’est plus que tension sexuelle débordante. Et pour illustrer cette ambiance épicurienne, les scènes sont ornées de morceaux des Village People. Ludique et lubrique.

Le casting de mecs très virils et moustachus , âgés entre 30 et 40 ans , peut aujourd’hui paraître un peu démodé,toutefois l’énergie sexuelle est bel et bien intacte et ne peut que troubler. Et le fun et le second degré ne sont jamais oubliés.

Si déjà jusqu’à ses deux tiers New York City Inferno avait tout pour être un porno de référence, entre romantisme, nostalgie, beauté visuelle et justesse documentaire, le projet devient tout à fait magistral dès lors que Jérôme pénètre dans le club SM. De ma jeune mémoire de spectateur, je n’ai jamais rien vu de pareil sur grand écran. Nous sommes plongés dans un tourbillon de sexe hardcore, une sorte de spirale sexuelle infernale où tout le monde s’enfile dans tous les sens. Au milieu d’une pièce, des filles chantent des titres underground tandis que les soumis se font fouetter ou défoncer en collier-laisse, que des machos en cuir s’éclate devant des glory holes avant de mieux goûter au plaisir forcément profond du fist fucking. De quoi avoir le souffle coupé.

NYC Inferno invoque le cœur et le cul avec une grâce folle, se révèle toujours plus surprenant (un mélange de porno, de love story, de documentaire et de comédie underground à la Paul Morrissey) tout en dressant le portrait d’une époque aussi surréaliste, barrée que paradisiaque pour tout sex addict qui se respecte. Un must.

Film présenté au Festival Chéries-Chéris 2011 

 

A noter : la séance (quasi-complète) était suivie d’une rencontre avec Christophe Bier (rédacteur en chef du Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques 16 et 35mm) et François About (qui avait notamment travaillé sur l’image, la photographie du film). Ce dernier semble être à l’origine de toutes les bonnes idées de mise en scène.

Une rencontre aussi amusante que passionnante. De la nostalgie mêlée à des souvenirs plus douloureux (rappelons que l’homosexualité était encore très mal vue dans les années 70 et que beaucoup de pornographes risquaient de passer par la case prison) , des anecdotes fun (About avouant son amour pour les chats qu’il a pris plaisir à filmer comme spectateurs de baises viriles), les souvenirs d’un New York joyeusement destroy, des citations de films paraissant aussi géniaux qu’improbables. Sans doute une des plus belles séances du festival .

 

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

2 Comments

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