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Paris Porn Film Fest 2010 : handicap et sexualité, l’icône Madison Young et cinéma porno des 70’s

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Après une soirée d’ouverture un brin décevante, Vendredi 18 juin 2010, le Paris Porn Film Fest proposait sa première journée de programmation.

HANDI PORNO

J’ai commencé par la séance de 18h30, intitulée « Handi Porno ». Séance attendue, attisant la curiosité puisque comme son titre l’indique elle allait projeter des films pornos explorant la sexualité des handicapés. Porno…c’est vite dit. Le court et le moyen-métrage projetés appartiendraient plutôt à la catégorie « érotisme », on ne voyait rien de trop explicite.

Premier film, un court-métrage donc : Want de Loree Erickson. Nous découvrons une jeune fille myopathe qui est en train de prendre son pied. En voix off elle nous fait part de ses états d’âmes. Elle en a marre d’être isolée du monde, de devoir attendre parfois des heures un bus pour se déplacer car les accès handicapés ne sont pas opérationnels, elle demande qu’on la traite comme un être normal. Elle veut des amis, une vie, une sexualité. Si l’image est assez poisseuse, la façon de nous faire rentrer dans ce quotidien un peu lourde, le film nous renvoie à notre indifférence. Nous ne sommes pas handicapés et nous ne prêtons guère attention au fait qu’ils ont des besoins (sexuels entre autres) comme nous, qu’ils ont envie d’avoir une vie simple (pouvoir se déplacer comme bon leur semble, ne pas toujours être traités comme des incapables). La réflexion ne fait pas de mal.

Deuxième film de la collection « Handi Porno », le moyen-métrage Devotee de Rémi Lange. Soit l’histoire d’Hervé, un homme qui est né sans mains ni jambes. Gay, il recherche des garçons sur Internet ou se paie quand il le peut les services de prostitués. Rémi Lange nous plonge de façon à la fois pudique et frontale dans le quotidien de ce personnage. Mais surtout, ce film était l’occasion pour moi de découvrir un nouveau mot : « devotee ». Un devotee est une personne « non handicapée » (on va éviter de dire « normale ») qui est attirée par les personnes qui ont un handicap. Par exemple, dans ce film-ci, on voit un garçon qui est très attiré par les personnes comme Hervé, sans mains ni jambes. Grâce à Internet, beaucoup de devotees peuvent aller jusqu’au bout de leurs fantasmes.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le rôle du jeune devotee était tenu par un de mes ex ! Si je dois avouer que son jeu est plus qu’inégal, je ne peux qu’être admiratif face à son ouverture d’esprit. Il fallait vraiment avoir des couilles pour jouer ce personnage, surtout qu’il y a quelques scènes vraiment pas évidentes à tourner quand on est pas un « devotee » dans la vraie vie (scène intime avec lèche de moignons notamment). Comme pour le court-métrage qui l’a précédé, Devotee n’est pas vraiment porno. La rencontre et les ébats d’Hervé et du devotee sont filmées avec pudeur et sensualité. C’est vraiment déroutant, et même si quand on est pas habitués ça peut choquer, ces passages témoignent d’une certaine beauté. La suite est un peu attendue : le devotee a du mal à assumer ses attirances, Hervé aimerait qu’on l’aime plus que pour un fantasme considéré comme tordu. Puis une fin sous le signe de la tolérance avec une rencontre inattendue. Globalement pourtant le film est très émouvant, très pertinent et on passe volontiers outre ses maladresses (un manque de budget qui se ressent à l’écran, des acteurs pas toujours justes). Un sujet vraiment fort pour un film qui mérite d’être vu.

A la fin de la séance « Handi Porno », un mini-débat était organisé avec Rémi Lange et l’acteur principal de Devotee , Hervé Chenais. Le public était visiblement assez ému par cette histoire. Un couple gay présent dans la salle s’est d’ailleurs manifesté, a parlé un peu de sa propre histoire (un homme et son compagnon aveugle). Ils ont avoué que le film leur a fait du bien, que c’était une belle occasion de montrer « autre chose », de réfléchir alors que la communauté gay, notamment parisienne, est souvent cruelle. Avec son compagnon aveugle, l’homme s’est souvent fait jeter des bars. On ne veut pas des handicapés dans certains lieux, ca casserait l’ambiance…C’est ça aussi le Paris Porn Film Fest : permettre des rencontres, des conversations. Pour en revenir au réalisateur et à l’acteur qui avaient fait le déplacement , ils ont avoué qu’il n’a pas été aisé de trouver un acteur pour jouer le rôle du devotee. Il y a eu des désistements de dernière minute. La sexualité des handicapés reste un grand tabou. Parce qu’ils sont différents, on se plairait à penser qu’ils n’ont pas de besoins sexuels. Erreur. Hervé Chenais rêverait qu’il y ait des auxiliaires « intimes ». Débat difficile, compliqué. On ressort de cette séance assez sonné. Vraiment intéressant.

MADISON YOUNG

Après la réflexion, on avait bien envie de détente. Rien de mieux qu’une séance en hommage à la porn star qui n’en finit plus de monter et d’intriguer : Madison Young. Très girly, sensuelle, cette actrice établit progressivement une filmographie faite de provocations et sous le signe du militantisme. Avec elle , le porno a toujours quelque chose d’artistique. J’avais déjà vu un de ses films au dernier Festival du Film Gay et Lesbien de Paris. Une parodie porno lesbienne de l’univers de Warhol et de la Factory. Cette fois-ci dans cette séance sobrement intitulée «  A porn star is born : Madison Young », nous allions découvrir une de ses plus grandes facettes : celle de bottom (= soumise).

Ca commence très fort avec le film Undone. Il n’est pas toujours facile d’analyser un film porno,  de tirer de ces actes sexuels des pistes de réflexion. Car on nous a un peu trop mis dans le crâne que les pornos c’était juste fait pour se branler et basta. Sauf que non. Persuadée que le porno peut faire passer des messages, Madison Young s’associe toujours à des projets plus ou moins décalés. Et on y trouve souvent des intros et conclusions avec voix off qui nous expliquent de quoi il va être question. Dans Undone, Madison avance, sexy, sensuelle, très féminine. Elle se dit très libre, qu’elle adore jouir de sa liberté. Elle se tape ainsi un petit blond un peu typé surfeur sans aucune gêne. Progressivement, elle se soumet à lui, se remet entre ses mains. Le garçon va se retrouver un peu dépassé par la situation, paraitra de plus en plus fade face à sa partenaire diaboliquement excitée et prête à tout. Cette première scène montre Madison dans le rôle d’une soumise qui a l’ascendant sur son dominant. Certes, elle suce à genoux, certes elle se penche pour récolter des fessées, oui, elle se laisse humilier par ce jeune mâle dominant. Mais en y regardant de près, elle mène constamment la danse et va le rendre complètement dingue. La star n’a pas son pareil pour couiner de façon hystérique avant d’être prise d’un fou rire démoniaque, témoignant de sa jubilation à être soumise. Face à cette bottom très active, le jeune acteur ne peut qu’être poussé à assurer, à donner le maximum, montrer jusqu’où il peut dominer. Plus elle est soumise, plus il est excité, exigeant et ressent le besoin de montrer qu’il l’a domine, qu’il ne perd pas le contrôle.

Après cette première partie assez haletante, Le petit blond emmène Madison dans une soirée SM. Avec son air ingénu et ses formes divines, la jeune femme tape direct dans l’œil d’un couple de dominants hétéros. Un américain et sa femme qui sont venus pour « acheter une soumise ». Madison se retrouve mise à disposition. L’homme et la femme tiennent à l’essayer. Cette fois-ci Madison sera confrontée à des experts, qui comptent bien la dresser. Elle ne mènera plus la danse, elle sera totalement soumise. Qu’est-ce qui fait la différence avec le partenaire précédent ? Déjà ils sont deux, un homme et une femme. Ils sont soudés et experts. Mais surtout leur arme est la parole. Par la force des mots ils vont conditionner leur soumise. Ils lui donnent des ordres, le ton alterne entre douceur et fermeté. Comme une petite voix qui l’imprègne progressivement, comme une douce hypnose qui lui fait perdre la tête et la pousse à offrir son corps. Dommage que le film était projeté en anglais non sous-titrés, nul doute que cette montée en puissance aurait été encore plus savoureuse avec une traduction précise. On a probablement loupé des subtilités. Mais qu’importe. La domina féline et un peu vulgaire et son mari très typé « américain ordinaire » mais à la voix toujours parfaitement posée, un « sadique doux » qui pousse à la confiance et à l’obéissance : on sent que Madison Young prend son pied. Elle est au milieu, nue, offerte tandis que jamais son maitre et sa maitresse ne se déshabilleront. La maitresse gardera sa combinaison SM, le mari gardera son T-shirt et son jean et se contentera de sortir son sexe (assez sexy d’ailleurs le fait de garder comme ça ses fringues). Après cette longue séance de soumission, Madison reste allongée, en transe. Elle ne demande qu’une chose : que ce couple l’achète, qu’il lui prenne sa liberté. Elle est arrivée à l’opposé de son discours initial, a découvert que dans l’abandon de soi se trouvait peut-être pour elle la plus grande des jouissances.

Après ce film particulièrement émoustillant, a suivi une autre production avec Madison Young. Dans Madison’s solo sex tape, la star est seule face à la caméra. Une sorte de sex tape destinée à sa maitresse SM. Bottom délaissée, Madison tient à lui montrer que pour elle, elle est prête à tout. Très vite la masturbation ne suffit plus. Plus le film avance et plus ça va loin : petit gode, pinces à linges, bougie à la cire rouge, ruban adhésif, sachet pour simuler l’asphyxie. Un court-métrage vraiment troublant qui nous montre une fille qui adore mêler douleur et plaisir, qui en a tant besoin qu’elle peut se martyriser elle-même. On a (c’est le cas de le dire), le souffle coupé quand elle laisse sa tête dans le sachet. On flirterait presque avec le morbide, on a peur pour elle. Véritable déclaration d’appartenance à une maitresse invisible, cette solo sex tape relève de la performance. On remarquera qu’à ces pratiques extrêmes, Madison Young tient toujours à apporter une touche girly. Le petit gode et le ruban adhésif rose, le sachet avec un petit trait violet…

« Cette fille est diabolique », je ne peux pas me dire autre chose en sortant de la salle. Madison Young a déjà tout de l’icône porno culte. Si sexy et prête à tout, assumant totalement ses trips parfois poussés, libre dans la soumission. Alors que la lumière revient dans la salle, on peut entendre un spectateur confier à sa voisine « on pourrait passer la nuit à la regarder ».

A NIGHT AT THE ADONIS / JACK DEVEAU, 1978

Fin de cette nouvelle journée de réjouissances avec le long-métrage porno gay A night at the Adonis réalisé par Jack Deveau. Une plongée dans le New York gay des années 70. Nous allons suivre une galerie de personnages évoluant au sein du cinéma l’Adonis qui le week end s’ouvre aux films pornos. Un jeune homme y fait sa première journée de travail, découvre tous ces hommes hédonistes. On retrouve un peu l’ambiance qu’on peut aujourd’hui avoir dans les saunas gays. Les hommes se posent, attendent, regardent et quand quelqu’un leur plait, ils l’attrapent par le sexe ou se touchent devant lui. Sauf qu’on est dans les 70’s, période de grande libération sexuelle, avant les années Sida. Tout était permis, le sexe était toujours une activité très ludique, positive. Pas de tabous, pas de capotes, juste du plaisir.

Jack Deveau livre bien plus qu’un film porno et dessine des personnages très attachants. Deux hommes qui ont une liaison se perdent de vue et finissent par se retrouver tous les deux à l’Adonis sans savoir que l’autre y est. Un jeune homme passe son temps près du téléphone à attendre que son amoureux l’appelle et en attendant mate tous les mecs de l’Adonis qui se donnent du plaisir. Les hommes ne se contentent pas de baiser une fois dans la nuit. Ils jouissent, puis se posent dans la salle de cinéma où sont projetés des films pornos (des films très drôles, souvent kitsch et parodiques mais aussi bluffant comme ce « Narcissus 2 » ou un homme est dédoublé et se masturbe en face de lui-même), ils vont aux toilettes. Ca baise partout : dans la salle de ciné, aux toilettes, aux vestiaires, dans les combles. Chaque personnage a une gueule, un mystère. Et surtout la réalisation est finement élaborée entre majestueux plans séquences favorisant l’immersion dans ce temple du sexe et plans propices à la propagation d’une atmosphère ô combien lubrique et ludique.

Sur sa fin, A night at the adonis dévoile une longue scène de partouze dans les chiottes. Une orgie hallucinante qui a plus ou moins coupé le souffle à toute la salle. Alors que la nuit à l’Adonis s’achève, les deux amants égarés du début se retrouvent et partent bras dessus bras dessous. L’image d’un couple gay libre, à la sexualité très ouverte, très 70’s. Au Cinéma Le Brady, là où se déroule le Paris Porn Film Fest, la lumière se rallume aussi et tout le public applaudit, euphorique. Il y a de quoi être nostalgique.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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