Films LGBT

Sitcom (François Ozon, 1998) : quand la famille part en vrille

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Maison d’un quartier chic, une famille bourgeoise française. Nous découvrons le père, ingénieur, sa femme qui passe son temps entre cours de gym et séances chez le psy, la fille artiste qui entretient une relation passionnée avec le beau et propre sur lui David, le fils, introverti et studieux. Nous pénétrons dans la maison en même temps que la nouvelle bonne que la mère de famille vient d’engager. Elle l’invite à diner le soir. C’est lors de ce diner que tout va basculer. Le chef de famille rentre du travail avec un cadeau : un rat. Toute personne s’approchant de ce dernier verra sa nature, ses pulsions enfouies ressortir. Ca commence avec le fils taciturne, qui fait son coming out. Suite à cela, le père ne s’exprime que par des maximes grotesques, la fille rate sa tentative de suicide et devient handicapée et adepte du SM, la bonne impose sa loi, la mère se fait coquine et incestueuse… : Explosion d’une famille française.

Premier long-métrage de François Ozon, Sitcom ,comme son titre l’indique, se moque tout d’abord du célèbre genre télévisé, que nous avons tous suivi un jour avec assiduité. Mais ici les intrigues de chaque personnage voué à être caricatural tournent au trash. Un peu comme dans Théorème de Pasolini, un élément extérieur va jouer le rôle de révélateur et changer l’existence d’une famille bourgeoise. Ici ce n’est pas un éphèbe divin mais un rat. Provocant et jouant de l’absurde, le réalisateur nous entraîne dans un délire jouissif à l’humour de plus en plus noir, borderline. Le fils fait son coming out ? On envoie Abdu, le mari de la bonne, pour aller lui parler. Ce dernier va le voir et finit par l’initier aux plaisirs entre hommes (excellente scène, aussi drôle qu’étonamment excitante). Tout le long du film, Ozon va jouer avec nos limites, nos tabous. Le jeune gay qui vire effeminé, addict au shopping, organisant une partouze dans laquelle est convié un étrange « docteur » et un petit garçon ; la fille handicapée et suicidaire qui pousse son amoureux à adopter des accoutrements SM-cuir et à jouer au chien (l’occasion d’érotiser un maximum Stéphane Rideau)…

sitcom stéphane rideau

Sitcom part de situations connues, universelles, banales (la difficulté d’accepter l’homosexualité de son fils, la fille qui a toujours eu l’impression que sa mère préférait son frère, la mère qui ne peut jamais parler à un mari qui semble se contrefoutre de tout…) pour aller vers les extrêmes, faire exploser la bonne morale, l’hypocrisie ambiante (tout le monde respecte un père qui finalement n’est qu’un égoïste à côté de la plaque, et qui rêve d’ailleurs de tuer les siens dans son inconscient). On notera qu’outre le rat, l’autre élément extérieur qui vient changer la donne est la bonne. Traitée avec un mépris poli, elle finit par faire elle-même sa loi tandis que son compagnon noir Abdu, qui lors du diner avait pu bénéficier de quelques petites arrières-pensées racistes se retrouve à dépuceler le fils de la famille…

On se moque de chaque personnage autant qu’on s’y attache, que l’on y retrouve des membres de notre propre famille. Sauf qu’ici tout est extrapolé, barré, inattendu. L’esthétique publicitaire de la famille modèle part en vrille, entre sexualité débridée et vague de sang. Drôle et audacieux, délicieusement étrange et érotique, Sitcom sous ses airs de petit film cheap reste l’une des œuvres les plus osées de son brillant auteur.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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