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Spunk de Antonio Da Silva (2015)

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Dans Spunk (qui en argot anglais signifie « sperme »), Antonio Da Silva sonde les relations des gays au virtuel et à l’image. Le film, qui dure un peu plus de 35 minutes, peut se résumer en deux parties. La première, plus « théorique », recueille divers témoignages de garçons qui évoquent leur sexualité virtuelle. Les duos cams saccadés au début d’internet avec les pubs intempestives et les risques de choper des virus, les sites de chat webcam, la recherche d’un compagnon de branle pour jouir sur MSN, les sessions Skype, les exhibs chaudes gratuites ou tarifées sur CAM4 : tout y passe !

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Un modèle CAM4 explique qu’en jouissant devant son ordinateur, il a l’impression de communiquer son énergie au monde; un amateur qui aime faire des duos avec des mâles plus ou moins inconnus parle du plaisir de se transformer soi-même en objet sexuel. On évoque aussi le plaisir masturbatoire qui consiste à mater quelqu’un et voir en même temps sur son écran son propre sexe. Excitation enfin de s’astiquer devant des « mecs normaux », authentiques, loins de l’univers du x industriel.

Comme à son habitude, le vidéaste capte à la fois le caractère érotique, excitant, fétichiste, du sujet qu’il explore, croque ses intervenants avec tendresse et désir tout en n’excluant jamais la drôlerie. Le début du métrage accumule les fenêtres en pop up de mecs en branle jusqu’au vertige, fait ressortir l’esthétique parfois cheap et pixelisées du format vidéo propre à la cam. C’est sans aucun doute l’un des projets les plus libres de son auteur qui s’amuse à tout un tas de collages vidéos, mixant beauté et vulgarité, bon et mauvais goût, pour un résultat une fois de plus hypnotique.

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De la cam aux téléphones portables, il n’y a qu’un pas : aujourd’hui, comme le souligne un intervenant, tout le monde se photographie, se filme, se met en scène dans sa propre sexualité. Sur les applications, les partenaires potentiels réclament des photos ou vidéos hot. Comme une envie d’insuffler de la pornographie dans son quotidien, de transformer le réel en quelque chose de délicieusement subversif. On se filme en train de se branler, d’aguicher, de prendre sa douche ou même de pisser. Tous les fétichismes se démocratisent jusqu’à l’absurde. On se laisse filmer pendant l’acte créant une sorte de plan à trois avec son téléphone portable, drôle de présence qui pousse à en rajouter, à transcender le moment.

Les garçons présents dans le film (pour la plupart déjà vus dans de précédentes vidéos de Da Silva) ont tous quelque chose d’excitant, une gueule, un style. Et, les amateurs apprécieront, ils sont tous en possession d’un manche très généreux. Résultat : une rafale de tiges en action. Ivresse du plaisir solitaire.  Obsession également pour l’éjaculation comme en témoigne l’un des sujets : « aucune course poursuite de film hollywoodien ne me fascinera jamais autant qu’un mec qui jouit ».

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Loin des publicités, des écrans interposés, des conversations interrompues, la deuxième partie nous entraîne dans un ballet de plaisir ahurissant. Antonio Da Silva se lâche comme jamais, filmant ses beaux modèles se masturbant seul (de façon « classique », avec une chaussette ou en tapant avec leur sexe sur le canapé), puis à deux jusqu’à la pénétration puis la jouissance. Et le spectateur, fasciné, de se retrouver avec la gaule… Mais ceci n’est pas de la pornographie traditionnelle : Antonio Da Silva scrute le détail, le bizarre, insère sur les images de drôles d’animations, fait scintiller les glands qui se préparent à expulser la semence magique. L’impression d’assister à une orgie virtuelle entre tous les participants, rythmée ça et là par le chant d’un ténor qui se fait plaisir dans tous les sens du terme. Qu’on se le dise : l’art n’a jamais été aussi bandant.

Film à voir en VOD sur le site de Antonio Da Silva (chaque achat permet au réalisateur de financer ses prochains projets)

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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