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Theo Ford est de retour dans le porno : « C’est comme si je rentrais à la maison »

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Depuis François Sagat (qui signe aussi en cette année 2017 son comeback), aucun français n’avait eu autant de succès à l’international dans le porno gay. Theo Ford, qui a commencé son aventure porno chez French Twinks, a rencontré un succès immédiat et est devenu en un peu moins d’une année une véritable pornstar. Des dizaines et des dizaines de scènes, toutes de qualité, une communauté de fans en délire, des contrats à faire rêver les amateurs. Et puis tout d’un coup il a disparu des plateaux de tournage. En octobre dernier, à l’occasion des Pink X Gay Video Awards 2017, il a officialisé son retour sur la planète porn. Présentateur de la soirée, il est apparu en grande forme, amusant le public entre vannes et petits clins d’oeil sexy. On ne pouvait pas résister à l’envie de prendre un verre avec lui pour prendre de ses nouvelles et en savoir plus sur cette absence.

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Souriant, détendu, un peu speed aussi, Theo Ford est un garçon très grand et très costaud qui peut impressionner quand on se retrouve face à lui. Mais il met de suite à l’aise et on a l’impression de converser avec un ami. Où était-il passé ?

Même si je n’étais plus sur les plateaux de tournage pendant quelques temps, je suis resté en contact avec les gens qui me suivent sur mes réseaux sociaux, en particulier sur Twitter et sur Instagram. Ca fait plaisir de voir que tes followers continuent d’être là et de te soutenir même quand tu ne tournes pas. On a tissé un lien assez fort je pense.

J’ai eu envie de faire un break car je suis tombé amoureux et je me suis marié. Je voulais me consacrer à fond à ma vie perso, prendre le temps. On s’est installé avec mon compagnon à Sydney, on a passé de très bons moments mais malheureusement ça s’est terminé. Ce sont des choses qui arrivent. A ce moment-là, j’ai eu envie de faire le point, j’ai profité de la ville, de la plage, pour me ressourcer. Là-bas il fait beau la majeure partie de l’année, ça fait du bien. Même si sur les réseaux sociaux j’ai toujours l’air heureux et en pleine forme, pour être honnête cela n’a pas été facile tous les jours. J’ai eu des hauts et des bas et ces derniers ont parfois été difficiles à gérer. Je suis passé par une lourde dépression qui m’a fait perdre une vingtaine de kilos.

J’ai compris qu’il fallait que je fasse autre chose, que je vois d’autres choses, que je me reconstruise. J’ai beaucoup écrit. L’écriture a été comme une thérapie. J’ai publié plusieurs posts sur un site. J’ai eu des retours très touchants et encourageants de la part des gens qui m’ont lu. Petit à petit, j’ai remonté la pente.

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Le succès très rapide dont il a été l’objet a-t-il été compliqué à gérer ? Theo garde un souvenir globalement très positif de ses débuts, de cette ascension rapide, tout en restant lucide :

Le porno m’a permis de me libérer sexuellement, j’ai eu la sensation de vraiment prendre le contrôle de ma sexualité. C’était assez grisant. Tout s’est enchaîné très vite. Quand j’ai commencé à tourner, je ne m’attendais pas à tant d’attention et encore moins à ce succès. Têtu a parlé de moi, j’ai été contacté par des studios de légende comme Falcon, Colt, MEN…  On me demande souvent comment en tant que français j’ai réussi à percer à l’international. Je n’ai rien fait d’exceptionnel pourtant, je pense juste avoir compris plus ou moins comment les studios et les professionnels de ce milieu fonctionnaient. Je suis franco-irlandais et parle anglais couramment , je n’ai pas de problème à considérer la part de moi qui est associée à Théo Ford comme un produit et à réfléchir à comment la marketer. J’ai mis beaucoup de coeur et pris du temps à bâtir mes réseaux sociaux. Je me suis lancé en ayant conscience de ce que je faisais, avec de l’ambition. Et j’ai fait attention à être toujours agréable. J’ai vécu à fond les rencontres que j’ai pu faire avec sérieux dans le travail mais aussi du recul et du second degré vis à vis de moi-même.

Cela a été une expérience folle. J’ai beaucoup voyagé, je suis allé d’une ville à l’autre, j’ai croisé des tas de personnes intéressantes. C’était très excitant, amusant, mais c’était aussi beaucoup d’énergie à investir. Quand tu es tout le temps dans l’avion, en mouvement, que tu n’as plus beaucoup de temps pour ta vie perso, il faut faire attention. Les gens pensent que le porno ce n’est que du fun et pas du boulot. Il y a plusieurs façons de faire du porno. Moi je ne tourne pas des scènes en 45 minutes. Les vidéos auxquelles je participe nécessitent parfois des journées de dix heures de travail.

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Quand on lui demande si vraiment cette aventure x a été un rêve, Theo concède quelques fausses notes dans son parcours :

Je l’ai déjà dit mais je le répète : je conseille à ceux qui veulent se lancer, notamment les plus jeunes, d’être sûr d’avoir les épaules assez solides. Ce n’est pas un milieu facile. Moi j’ai débuté à 25 ans, en ayant conscience d’où j’allais et même avec ça j’ai eu des challenges, des moments difficiles. Notamment au début. Je ne suis pas du genre à regretter les choses, j’ai eu beaucoup de chance à travers mes collaborations mais par exemple celle avec Michael Lucas a été assez éprouvante. J’avais envie de bien faire, j’avais peur de dire non, on en a profité pour me pousser à faire des choses dont je n’avais pas envie. On m’a mis la pression, c’était dur, je suis sorti de là en ne me sentant pas très bien, un peu meurtri. Cela m’a endurci. Aujourd’hui, je ne me ferai plus avoir, je ne ferai jamais quelque chose qui pourrait m’amener à me sentir mal, en désaccord avec moi-même.  Quand on est quelqu’un de fragile, être confronté à ce genre de situations peut être dangereux .

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Theo a aussi été très exposé sur les sites et blogs américains qui ont traité, parfois avec violence, sa vie personnelle. Il revient sur cette période agitée où il était pris pour cible par plusieurs médias :

J’ai été surpris par la couverture du porno gay en Amérique. Il y a de nombreux sites et blogs, certains très people. Les premières fois où je me suis vu dessus, ça m’a amusé. C’était flatteur. Et puis j’ai compris petit à petit que cela pouvait être vertigineux et intrusif aussi. J’ai un peu lancé ma carrière porno en même temps que Logan Moore. On était amis, il s’est murmuré qu’on était en couple. On a un peu joué avec ce fantasme mais cela a fini par nous échapper, ça a dérapé. Plus tard, on m’a inventé une liaison avec Brent Corrigan alors que nous n’étions pas du tout ensemble. C’était très étrange, je ne savais plus vraiment quoi dire, comment réagir. C’était comme si les articles qui sortaient étaient sur moi mais que ce n’était pas moi. Quand j’ai rencontré mon ex mari, je l’ai mis en garde par rapport à tout ça. Même au moment de notre mariage, même si globalement on a reçu beaucoup de messages super gentils, il y a eu des commentaires très durs vis à vis de notre couple, de notre amour. C’est le jeu, ça fait réfléchir, cela aide aussi à terme à plus se préserver, à gérer un peu mieux son image.

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Les mauvais souvenirs sont désormais derrière Theo qui signe en cette fin d’année un grand retour dans le x :

Une fois que je me suis senti mieux, je suis allé m’installer à Londres. Cette ville m’a fait beaucoup de bien. J’y ai repris mes marques et vu que j’étais à nouveau bien dans mes pompes, j’ai repris le porno. J’ai eu la chance pour mon retour de pouvoir très bien m’entourer. J’ai collaboré avec Alter Sin, un des studios affiliés à MEN qui gère notamment pas mal des parodies que produit ce label. C’était comme rentrer à la maison. Par la suite, on m’a proposé de participer au tournage de « Paris Perfect », une production Naked Sword signée de la géniale mr Pam. Un mélange vraiment sympa de sexe et de comédie.

On devrait donc à nouveau entendre beaucoup parler de notre héros national qui a plus que jamais la tête sur les épaules et l’envie de s’associer à des projets qui le stimulent à fond : «

Theo Ford est à la fois une part de moi, un nom de scène, un personnage. C’est moi et ce n’est pas moi. J’assume tout ce que j’ai fait et ce que je continue de faire. Je fais du porno gay mais j’ai aussi un passé, une personnalité, un coeur, des choses que je garde pour moi, un futur. Je suis content d’être de retour, je ne sais pas combien de temps je serai encore sur les plateaux mais je ferai tout par envie, comme j’ai toujours voulu le faire ». Welcome back Theo, tu nous avais manqué !

Retrouvez Theo Ford sur PinkX  co-producteur de « Paris Perfect » dès le 4 décembre

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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