Films LGBT

« Tu m’as tellement manqué », critique du film de Kerstin Karlhuber (2016)

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Critique du film « Tu m’as tellement manqué » (Fair Haven en VO) réalisé par Kerstin Karlhuber. Produit en 2016. Disponible en DVD aux éditions Optimale. 

James (Michael Grant) est un beau jeune homme qui rêve de poursuivre des études de musique. Mais à peine sorti de l’adolescence, celui qui aspire à devenir pianiste est submergé par de nombreux dilemmes. La mort de sa mère le hante encore, son père a dépensé l’argent qui avait été mis de côté pour son école et surtout James revient d’un séjour dans un centre de « guérison », censé venir aux aides aux jeunes LGBT. Ayant toujours grandi dans un environnement très catholique, James a fini par croire en ce que le prêtre et les habitants du coin pensent : il est persuadé que ses pulsions homosexuelles sont une maladie. Entre deux réunions de suivi, le garçon essaie tant bien que mal de satisfaire son père qui veut faire de lui un homme un vrai, un successeur pour sa ferme. James accepte ainsi pour faire plaisir à son paternel de passer du temps avec une fille du coin, jolie et croyante. Mais ce fragile équilibre est ébranlé quand par hasard le gay contraint d’être refoulé recroise Charlie, un garçon avec qui il avait entamé une romance… 

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On a beau se frotter les yeux, les centres de « guérison » et autres thérapies de pacotille continuent d’exister dans certains endroits du monde, notamment aux Etats-Unis. Et à l’heure où les extrêmes n’ont jamais été aussi fortes, ce film donne à réfléchir. Campé avec beaucoup de charme et de douceur par le jeune et désirable comédien Michael Grant, le personnage principal de « Tu m’as tellement manqué » est un garçon infiniment bon, qui ne cherche qu’à satisfaire son père. Ce dernier refuse de composer avec sa personnalité : son fils ne peut pas être pianiste et encore moins gay, il doit se marier et s’occuper de la ferme familiale. Dans la bourgade où se situe l’action, cela apparait totalement normal. Il faut filer droit.

La situation du jeune héros est d’autant plus complexe que le père joue constamment avec le souvenir d’une mère décédée et qui ne tolérait pas l’idée que son enfant puisse être homo… Assez habilement, la réalisatrice montre comment on peut accepter de se renier quand tout autour de nous nous pousse à croire qu’on est anormal ou malade. Mis à part son amourette avec le choupinet Charlie, James n’a aucun référent gay, aucune personne pour le soutenir. La prétendue norme devient obsession, quitte à être malheureux.

Si ce qui est abordé est assez dur, ce long-métrage indépendant reste toujours dans une sorte de pudeur et de délicatesse. Et petit à petit nous suivons le glissement de James vers la lumière.

Classique dans sa forme, « Tu m’as tellement manqué » n’en est pas moins attachant et touchant et constitue un mélodrame efficace qui devrait être montré à ces pères et mères de la Manif pour tous.


Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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