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« Un couteau dans le coeur » : la pépite vintage de Yann Gonzalez

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Yann Gonzalez intrigue depuis ses premiers courts-métrages témoignant d’un univers pop, insolent et queer. Son premier long-métrage, le perché « Les rencontres d’après minuit » avait confirmé sa voix singulière quitte à en défriser quelques-uns. Pour deuxième long, il revient en force avec encore un casting de taille (Vanessa Paradis et Nicolas Maury y côtoient la fidèle Kate Moran alors qu’en arrière plan Félix Maritaud et Pierre Emö jouent aux porno boys vintage) et surtout une sélection en Compétition au Festival de Cannes (qui n’a , sans surprise, pas manquée de choquer certains médias vieillots).

S’il reste fidèle à sa folie créatrice et propose à nouveau une oeuvre atmosphérique en diable, Yann Gonzalez se débarrasse d’artifices et tics branchés qui avaient pu en éreinter quelques-uns auparavant. Plus accessible mais pas moins délirant, « Un couteau dans le coeur » fait office de double hommage. Hommage d’abord au genre du giallo ici revisité pour notre plus grand plaisir à la sauce queer avec ses héroïnes lesbiennes et ses garçons lubriques. Hommage aussi à la pornographie gay des années 1970, ce temps où les hommes pouvaient voir des films adultes au Far West, sur grand écran. A cette époque, on tournait avec de la pellicule et on racontait des histoires, souvent improbables, drôles, témoignant d’un hédonisme rêveur. Yann Gonzalez ne trahit pas ces genres, bien au contraire, et son film est en quelque sorte une lettre d’amour à ces cinématographies souvent conspuées, stigmatisées, tournées en dérision. Il leur rend justice en en montrant leur folie, leur liberté.

L’intrigue suit l’itinéraire d’Anne (Vanessa Paradis) réalisatrice et productrice de films pornos gays à la fin des années 1970. Elle ne va pas bien : elle vient de se séparer de sa compagne, Loïs (Kate Moran) avec qui elle était en couple depuis 10 ans. Détail qui n’arrange rien : Loïs est le bras droit d’Anne, sa monteuse, et elles doivent continuer de travailler ensemble malgré cette pénible rupture. Anne se convainc qu’elle peut la récupérer mais il semble pourtant qu’il soit trop tard.

En parallèle de la mort d’un amour, de ce couteau dans le coeur que constitue une séparation, des drames se succèdent dans l’entourage d’Anne. Plusieurs de ses acteurs sont retrouvés morts, poignardés par un potentiel serial killer. La police laisse traîner l’enquête, cachant à peine son homophobie. D’abord peu concernée par les tueries, la réalisatrice, un poil narcissique, va finir par rechercher elle-même l’auteur des meurtres alors que son business commence à être menacé. Elle s’inspire de ce qui lui arrive pour tourner un film plus scénarisé, « Le tueur homo ». Entre tournages drolatiques, abattages sanglants et sentiments meurtris, Anne va vivre une aventure qui va la bouleverser à jamais.

La première chose que l’on retient de ce nouvel opus de Yann Gonzalez est qu’il est très fun. Le temps file à toute allure, les blagues se succèdent, sans filtre, et on s’éclate aux côtés d’Anne et de ses porno boys sexy et un tantinet lunaires. Si l’intrigue est celle d’un giallo assez classique, le cinéaste transcende tout de par sa mise en scène ultra léchée et colorée. « Un couteau dans le coeur » est un délice de chaque plan, parfaitement chorégraphié, sensuel, nostalgique, entêtant. On n’a pas envie que ça s’arrête, on est si bien face à ce travail d’esthète !

Il en émane un amour palpable et contagieux pour la marge, les électrons libres, pour des femmes démentes dans un univers d’hommes férus de plaisirs clandestins. Jusqu’au générique de fin, célébration émouvante d’une joyeuse bande affranchie de la bien-pensance, ce film rétro et saupoudré de fétichisme nous en met plein les yeux. Et discrètement, derrière les blagues, les bons mots et les hommages on aperçoit les ténèbres (la drogue, l’alcoolisme, la solitude, la violence, une possible métaphore du Sida). Des ténèbres en forme de coups de poignards qui n’empêcheront pas des protagonistes uniques de se relever et de continuer, envers et contre tou(s/t).

Sortie en salles le 27 juin 2018

LES CRUSHS DU FILM

Parmi la petite bande de porno boys émerge naturellement en arrière plan notre cher Pierre Emö qui trouve là sa première incursion dans un long-métrage « tradi » présenté à Cannes.

Mais on avoue qu’on s’est pris de sacrées décharges érotiques avec les apparitions de Félix Maritaud. Il est peut être cinq minutes à l’écran mais le crush est total. Qu’est-ce qu’il est sexy, quels traits de visage superbes, ultra expressifs, pleins de caractère ! Qu’il s’acharne sur une machine à écrire ou qu’il soit filmé en gros plan en plein coït, sa beauté irradie l’écran. Coup de foudre.  C’est peu dire qu’on a déjà hâte de le retrouver dans le film « Sauvage » où il tiendra le premier rôle.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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