Films LGBT

Whity (Rainer Werner Fassbinder, 1971) : force et violences

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1878, Ouest américain. Whity (Günther Kaufmann) est le valet des Nicholson, riche famille propriétaire d’une ferme. Valet n’est peut-être pas le meilleur terme tant l’homme, noir mais ayant du sang blanc, est souvent traité comme un esclave. Il accepte pourtant sans broncher de se faire corriger, battre, rabaisser, semblant même par moments trouver une satisfaction dans les rapports de soumission qui régissent son quotidien. Il avouera ainsi à son amoureuse, une chanteuse officiant dans un des bars/saloons du coin , qu’il se sent bien auprès de ce qu’il considère être sa famille (le doute persistera sur le fait que le Père Nicholson pourrait bel et bien être son géniteur). Une famille de fous. Un patriarche impuissant qui ,soupçonnant à raison sa femme d’être infidèle, engage un homme pour faire croire à son épouse qu’il est mourant et qu’elle va hériter de sa fortune. Tout cela pour mieux l’humilier par la suite. Une femme qui se révèle de plus en plus obsédée par l’argent et le sexe. Deux fils également givrés, l’un manipulateur qui refoule des pulsions homosexuelles et un goût pour le travestissement et un autre attardé, que sa mère envisage par moments de piquer comme une bête. Alors que tout le monde complote contre tout le monde, l’esclave étonnamment consentant Whity pourrait bien être l’élément perturbateur, venant contrecarrer tous les plans…

Whity est à n’en pas douter un véritable OFNI, déconcertant son spectateur et passant son temps à jouer avec les limites. Générique trompeur : Whity est à terre, ensanglanté alors que se déploie une chanson à la fois guillerette et funeste. Si le métisse devra endurer tout le long du film les brimades des racistes plus ou moins assumés des environs, il ne perdra pourtant jamais rien de sa force. On a beau le frapper, l’humilier : il résiste. Peut-être est-il masochiste. C’est ce que laisse suggérer une scène où l’homme de maison se sacrifie, insistant pour prendre à la place du fils attardé la punition qui lui est réservée, gémissant sur les ordres du Père Nicholson sous les coups de fouets. Ou peut-être s’est-il tout simplement accoutumé d’un quotidien basé sur l’inégalité, la soumission. En ne bronchant jamais, Whity n’en finit plus de gagner en puissance. Il apparaît par moments comme un Saint, un être divin canalisant soudainement tous les désirs. Le père prend à l’évidence un plaisir certain à le fouetter, tirant là une jouissance qui lui est désormais inaccessible au lit avec sa femme. La femme en question, troublée par la peau délicate de son esclave qu’elle passe son temps à malmener, lui proposera une improbable union. Le fils homo refoulé lui fait du rentre dedans tandis que l’attardé lui tourne autour sans qu’on sache vraiment si le lien qui les unit est de l’ordre de l’amour, de l’amitié ou de la fraternité.

Entre deux chansons au saloon, les rapports de force se succèdent avec cruauté. Rainer Werner Fassbinder concentre la majorité de l’action dans la maison des Nicholson, sorte de théâtre de pacotille où les plus vils instincts de chacun finissent par ressortir. Soif de pouvoir, d’argent, de sexe, alors que les stratégies se font changeantes. On a l’impression d’assister à un western sous acide, riche en coups bas, à l’intrigue vascillante. Les personnages et les relations qu’ils entretiennent sont ambigus : ils peuvent se tourner autour comme être prêts à s’entretuer la minute qui suit. Visuellement c’est un peu kitsch , l’atmosphère est très malsaine, les situations s’enchaînent de façon étonnante. Un drôle de jeu de destruction sous fond de domination-soumission, d’inégalité, de racisme. Jusqu’où peut-on être loyal ? Et au contraire jusqu’à quel point peut-on abuser de la confiance de l’autre avant d’être pris la main dans le sac et sanctionné ?

L’étrangeté des rapports, entre répulsion et attraction, violence et sensualité, donne au film son climat si particulier. Whity est un long-métrage hors temps, se plaisant à jouer la carte de la subversion et du cynisme. Et globalement, tout cela se révèle particulièrement jouissif.

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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