Films LGBT

Les fraises des bois (Dominique Choisy, 2012) : la beauté de l’étrange

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Une petite ville de France. Gabriel (Julien Lambert), la trentaine, est caissier dans un supermarché et s’ennuie. Chaque mois, il verse de l’argent pour sa petite sœur qu’il ne voit qu’épisodiquement. Cet argent, il le gagne en se prostituant pour des gens du coin, essentiellement des hommes. Violette (Juliette Damiens), la vingtaine, est la fille de riches agricoles. Elle étouffe dans un quotidien familial fait de non-dits et un jour pète les plombs, enfermant ses parents dans une grange avant de les assassiner. Au fil des saisons, Gabriel et Violette vont être amenés à faire connaissance, à rompre leur solitude et s’apprivoiser, au delà de la morale, de leur folie, d’un monde de plus en plus absurde…

Des films français comme celui-là, on en voit peu dans une année. Dominique Choisy ouvre ses Fraises des bois de façon assez classique, dans un style « auteur à la française ». Contemplation, poésie discrète des plans, douleurs sourdes, ellipses puissantes… Tout est suggéré, susurré. Discrètement, on comprend que Gabriel se prostitue, qu’il s’adonne à des passes entre SM et travestissement. Le fait de louer ses charmes semble moins le peser que son travail à mi-temps dans un supermarché où la moindre respiration est sanctionnée. C’est la crise, et c’est l’humain qui trinque. Violette, elle, n’a pas de soucis d’argent. Ses parents possèdent suffisamment de terres pour faire d’elle « une héritière ». Mais on finit par comprendre que si elle se pense enceinte sans jamais avoir eu de petit copain et que si sa mère disjoncte, c’est qu’il y a bien une raison. Inceste. Après trop de non-dits, les nerfs lâchent, la fille fantomatique se rebelle et sort son fusil. Ce qui aurait pu être glauque et pesant est ici étonnamment « joli » et d’un humour noir évoquant, à sa façon toute particulière, un Sitcom de Ozon ou encore des œuvres d’Almodovar.

Petit à petit, les personnages laissent libre cours à leur folie, brisent leur image de Monsieur et Madame Tout le monde. Cela n’empêche pas le spectateur de s’y retrouver car même si Dominique Choisy nous embarque dans un univers barré, le portrait désenchanté qu’il fait de notre société actuelle, lui, est loin de nous être étranger. Bien que le réalisateur prenne parfois un peu trop son temps (le film a bien une quinzaine de minutes en trop), ses bonnes idées de mise en scène, la tendresse avec laquelle il suit des personnages surprenants dans un univers à la fois réaliste et évoquant les contes de fées finissent par emballer, par laisser une belle et forte empreinte.

Outre la détresse personnelle de chacun, reste des moments de pure magie. Comme la petite romance qui nait entre Gabriel et un charmant gendarme (Stéphane Lara à qui on proposerait bien, nous aussi, du feu) , comme l’amitié que le même Gabriel finit par bâtir avec l’étrange Violette. Une œuvre qui dérange avec humour et délicatesse, qui touche de par sa singularité, sa façon de titiller notre inconscient, nos pulsions enfouies. Curieux, dans le bon sens du terme.

Film sorti le 18 avril 2012

Le seul et l'unique rédacteur de POP AND FILMS :)

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